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Sept ans depuis sa disparition: Assia Djebar une plume qui bouscule les époques

J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. Je me présente à vous comme écrivain ; un point, c’est tout. Je n’ai pas besoin – je suppose – de dire « femme-écrivain ». Quelle importance ? Dans certains pays, on dit « écrivaine » et, en langue française, c’est étrange, vaine se perçoit davantage au féminin qu’au masculin.
Assia Djebbar

Heeba Nawel/ APS/ Femmes savantes


Sept ans après sa disparition, Assia Djebar, icône universelle de la littérature francophone, dont différents ouvrages ont été repris dans plus de vingt langues, continue de fasciner et susciter l’admiration des lecteurs, à travers une plume profondément attachée à la culture ancestrale et à la mère patrie, qui éclaire et prône le progrès de l’individu, tout en mettant à nu les travers des sociétés aux conservatismes aveugles.

L’ensemble de ses œuvres dessine son tête à tête acharné avec un monde qui ne s’incline qu’aux plumes qui bousculent les époques squattées par les hommes. La littérature, l’Histoire, la philosophie, la dramaturgie ornées par une touche de féminisme à l’Algérienne rebelle et obstiné. Cette passion ardente qui lui a servie naturellement d’arme pour faire taire ceux qui se mettent en contre-jour, cherchant leurs idées reçues dans les regards de ceux qu’ils oppriment.

Après toute une vie au service de la littérature algérienne et à travers une œuvre riche et variée, la célèbre romancière algérienne, disparue le 6 février 2015, était également investie par la noble mission de défendre la cause de la liberté en général, et l`émancipation des femmes en particulier.

Née le 30 juin 1936 à Cherchell non loin d`Alger, Fatma-Zohra Imalayène, de son vrai nom, avait exprimé sa sensibilité de femme et de militante de la cause nationale dès 1957, à l’âge de 21 ans, en publiant son premier roman « La soif », puis un second, « Les impatients », dans la même période.

Elle enchaînera ensuite avec une vingtaine de romans à succès, traduits en toutes les langues, tout en exerçant sa passion pour l’enseignement de l’histoire et de la littérature, à Alger et  à l’étranger, et en s’essayant, non sans succès, au cinéma avec la réalisation de deux films consacrés au combat des femmes, notamment, « La Nouba des femmes du mont Chenoua » (1978), qui a obtenu le prix de la critique internationale à Venise en 1979.  

Avec  « La Zerda ou les chants de l`oubli » (1982), elle remportera le prix du meilleur film historique au Festival de Berlin en 1983 et son roman « Loin de Médine » (1991) symbolisera longtemps sa lutte permanente pour les droits des femmes.

Elle devient la première femme arabe et africaine à entrer à l’Académie royale de Belgique puis en 2005 à l’Académie française.

Assia Djebar à Cologne – Allemagne

A l’histoire de son pays qu’elle n’a jamais vraiment quitté, celle que l’on attendait pour le Prix Nobel de littérature quelques années avant sa disparition, aura dédié plusieurs de ses romans où elle évoque, selon les œuvres, l’Algérie sous la colonisation, l’Algérie indépendante et jusqu’à l’Algérie de la décennie tragique du terrorisme.

« Les enfants du nouveau monde » (1962), « Les alouettes naïves » (1967), ou encore « Femmes d’Alger dans leur appartement » (1980), et « L’amour, la fantasia » (1985), « Le Blanc de l’Algérie » (1996) et « La Femme sans sépulture » (2002), sont parmi les titres où se mêlent tous les combats libérateurs qu’elle voulait mener et incarner.

« Prolixe, Assia Djebar concentrait ainsi en elle tous les genres de la création littéraire, cinématographique et même du théâtre avec une recherche perpétuelle de l’innovation mise au service d’une vision humaniste de la vie sur Terre », s’accordent à dire ceux qui l’ont lue, connue et côtoyée.

Elle obtiendra des prix internationaux pour la plupart de ses romans dont « Nulle part dans la maison de mon père » (2007) , un récit autobiographique qui fera l’objet de nombreux articles dans des publications spécialisées d’Europe et du Moyen-Orient, la mettant régulièrement à l’honneur en tant que « voix unique et rare » dans le monde de la culture. Son attachement indéfectible à son pays, elle l’exprimera à sa façon en demandant à être inhumée dans sa ville natale de Cherchell.

Enfance

Assia Djebbar (pseudonyme de Fatma Zohra Imalayene) est née le 30 juin 1936 à Cherchell, une ville côtière cossue distante d’une centaine de kilomètres à l’ouest de la capitale Alger. Elle s’est éteinte le 6 février 2015 à Paris, en France. Elle grandit dans une famille de petite bourgeoisie traditionnelle algérienne. Son père était instituteur issu de l’École Normale de Bouzeareh, ce qui était rare à l’époque.

Elle passa son enfance à Mouzaïaville (Mitidja), étudia à l’école française puis dans une école coranique privée. À partir de l’âge de 10 ans, elle étudia au collège de Blida, en section classique (grec, latin, anglais) et obtient son baccalauréat en 1953. En 1955, elle rejoint l’École Normale Supérieure de Sèvres (France). Elle est la première femme musulmane et la première Algérienne à être admise.

Une carrière en littérature et à l’université

Son premier roman La Soif parut en 1957, suivi en 1958 par Les Impatients.

À partir de 1959, elle étudia et enseigna l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la Faculté des lettres de Rabat (Maroc).

En 1962, l’année de l’indépendance, elle retourna en Algérie où elle enseigna l’histoire et la philosophie à l’Université d’Alger jusqu’en 1965 avant de retourner en France.

Entretemps, en 1962, sortit à Paris son troisième roman Les Enfants du nouveau monde. Entre 1974 et 1980, elle enseigna de nouveau  la littérature française et le cinéma à l’Université d’Alger.

De 1983 à 1989, elle fut choisie par Pierre Bérégovoy, ministre français des Affaires sociales, comme représentante de l’émigration algérienne pour siéger au Conseil d’administration du FAS (Fonds d’action sociale).

Des États-Unis à l’Académie française

En 1995, elle devint professeur titulaire à Louisiana State University de Baton Rouge (États-Unis) où elle dirigea également le Centre d’études françaises et francophones de Louisiane. En 2001, elle quitta la Louisiane pour devenir professeure titulaire à New York University. En 2002, elle y fut nommée Silver Chair Professor.

Elle est Docteur honoris causa des universités de Vienne (Autriche), de Concordia (Montréal) et d’Osnabrück (Allemagne).

Son œuvre littéraire est traduite en vingt-trois langues. Une vingtaine d’ouvrages en français, en anglais, en allemand et en italien étudient son œuvre. Un colloque international lui a été consacré en novembre 2003, à la Maison des écrivains, à Paris (actes publiés en 2005).

Après des année de marginalisation et grâce au rôle joué par Jaque Chirac Alors président elle était élue à l’Académie française, le 16 juin 2005, au fauteuil de M. Georges Vedel (5e fauteuil). Elle devient alors la première écrivaine originaire du Maghreb à être élue à l’Académie.

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