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Notre transition pas celle de l’Armée

Contribution de MOHAMED ARROUDJ

Après ce 7èm vendredi de mobilisation qui a vu déferler des millions de manifestants dans les rues de toutes les villes algériennes, la première après le départ forcé de Bouteflika, la situation politique comme le laissait présager l’application de l’article 102 de la constitution, se complexifie. Désormais, la rue est face aux vrais décideurs. Ces derniers qui ont n’ont de cesse  de crier haut et fort leur convergence  avec le peuple, sont une nouvelle fois interpellés par la rue, forte de sa première grande victoire représentée par la mise à l’écart du désormais ex président A. Bouteflika. L’éventualité de voir Bensalah , tout ce qu’il y a d’archaïque dans le système et Bedoui, artisan de tous les trucages et de toutes les fraudes, présider aux destinées du pays ulcère la rue.

Le blocage des accès menant à la capitale pour les empêcher les citoyens de prendre  part à la manifestation du vendredi 05 avril, la répression qui s’est abattue sur le rassemblement syndical tenu devant le siège de la centrale syndicale et l’arrestation de plusieurs syndicalistes et animateurs du mouvement laissent présager du pire.  Ce qui pouvait s’apparenter à des tentatives d’intimidations isolées a vite pris les allures d’une répression généralisée, du moins à Alger. En effet, des rassemblements ont été dispersés, des militants arrêtés, mais ce qui est le plus significatif de ce changement d’attitude du pouvoir est évidemment la répression dont ont été victimes les étudiants durant leur manifestation hebdomadaire ce mardi 09 avril. Rien ne leur a été épargné : les canaux à eaux, les gaz lacrymogènes, la matraque…

Cela est inacceptable et il faut le dénoncer.

Le pouvoir qui ne tolère apparemment que les manifestations du vendredi, car elles sont massives,  fonce, tête baissée au risque de générer des développements plus que périlleux dont il assumera seul toutes les conséquences. Alors que la rue, lors de ce septième acte, a exprimé sans ambages son refus d’une transition menée par les hommes du système et son rejet du gouvernement Bedoui, le pouvoir réel ou profond comme certains préfèrent le désigner, va à contre-courant en convoquant un congrès parlementaire regroupant les deux chambres législatives. Cette fuite en avant du cœur du système politique, l’armée en l’occurrence, confirme que toutes les gesticulations du général et toute sa logorrhée ne sont que ruses et roublardises. En lâchant Bouteflika sous la gigantissime pression populaire, l’armée s’attendait à une inflexion de la position de la rue, reconnaissante envers elle de l’avoir débarrassé du tyran. La prétendue pression exercée sur le clan mafieux, les propos peu amènes tenus par l’état major pour désigner ce clan, mais surtout les l’hostilité proclamée envers certains oligarques  rentrent en droite ligne avec la stratégie adoptée par le pouvoir depuis le début du mouvement. Leur espoir était de capitaliser et d’apparaitre comme des sauveurs.  S’il est incontestable que l’armée jouit d’une estime et d’un respect au sein de la population algérienne, cette dernière sait que nombreux sont ces chefs impliquées dans les magouilles et la corruption. Nul n’ignore, non plus,  ni les innombrables, privilèges dont ils jouissent, ni leur allégeance à Bouteflika qu’ils sont eux-mêmes allés chercher de son exil doré au Moyen-Orient.  Même si les médias proches du pouvoir feignent d’ignorer les slogans hostiles à Gaid Salah, ces derniers étaient nombreux lors des manifestations du vendredi 09 avril. Le scénario égyptien que nous avons évoqué dès le début du mouvement et qui hante les partisans d’un changement radical du système est celui que semblent indiquer toutes ces dérives du système, enregistrées depuis le vendredi 5 avril. Cette stratégie du pire ne peut se produire que si la mobilisation marque le pas.  Toutefois, le pouvoir peut opter pour un rafistolage et des changements de façade en s’appuyant sur ses clientèles habituelles et même sur une opposition libérale à qui on proposera comme à l’accoutumée quelques strapontins. Le pouvoir profitera de ce répit pour trouver un homme de consensus qui fera l’affaire des différents clans au pouvoir. La pression de la rue aura alors aidé le pouvoir à trouver son homme  qu’elle n’a pas réussi à dénicher à temps pour remplacer Bouteflika.

L’intronisation, par le parlement godillot en ce mardi 09 avril de l’un des hommes politiques algériens les plus honnis confirme nos craintes évoquées depuis le début de la révolution.

Lâcher Bouteflika pour sauver le système.

Comme en Égypte où l’armée a lâché Moubarek, le Pharaon, l’armée algérienne a fait de même avec Bouteflika devenu encombrant et une menace sur la pérennité du régime. L’objectif est le même : tenter de se refaire une virginité.

Le scénario égyptien en quelques mots :

L’impérialisme international et les régimes vassaux de la région, avaient, à l’époque de ce qui a été appelé le Printemps arabe, opté pour la mise en selle de l’islamisme dit modéré (les frères musulmans) pour contenir les processus révolutionnaires en Tunisie et en Égypte. La parenthèse islamiste s’est vite avérée catastrophique. En effet, ceux-là mêmes qui promettaient le paradis aux populations se sont distingué par une gestion des affaires, le moins que l’on puisse dire calamiteuse, et par une incapacité criarde à répondre aux aspirations des classes populaires sont très vite contestés par la rue.  La répression qui s’en est suivie, combinée à une crainte de l’élite libérale et d’une partie de la population de l’avènement d’un état théocratique a servi de leitmotiv à l’armée égyptienne pour reprendre le pouvoir et écraser dans le sang le processus révolutionnaire qui connaissait alors un second souffle.

Bensalah est illégitime; il est un homme du système, sans charisme ni envergure, un pion à la solde des décideurs. Il fera ce que l’armée lui dictera. Le mot d’ordre de la rue ‘’Yetnehaw Gâ3’’ est plus jamais d’actualité. Bensalah doit partir tout comme Bedoui. Il faut également exiger la démission du parlement godillot, issu de la fraude. Les manifestations impressionnantes du vendredi demeurent nécessaires, mais à la lumière des dérives autoritaires des nouveaux maîtres de la maison Algérie et de leur plan de sortie de crise qui n’en n’est pas un, elles paraissent insuffisantes.

Pour créer un véritable rapport de force, la grève générale s’impose plus que jamais  Les appels à des grèves sont d’une grande utilité pour le mouvement populaire. Leurs généralisations à tous les secteurs névralgiques de l’économie et l’implication des travailleurs dans leur organisation vont, sans aucun doute,  constituer un tournant.  En effet, c’est dans la grève que les travailleurs s’organisent et se conscientisent. Cela leur permettra de  reconquérir leur centrale syndicale tombée entre les mains de la mafia prête à lâcher des baltaguia pour lyncher des syndicalistes authentiques, mais aussi de discuter et de prendre conscience de leur force.

La mobilisation doit se radicaliser tout en restant pacifique. C’est à ce prix que le pouvoir profond fléchira.

Au même temps, le mouvement ne doit pas se contenter d’attendre  les annonces de l’armée. Il se doit, lui aussi, d’exposer sa propre feuille de route et faire ses propositions politiques pour mener sa propre transition.   Dans cette perspective, il doit penser à faire émerger des conseils citoyens partout où cela est possible. Cette tâche consiste à regrouper toutes les structures d’auto-organisation nées du mouvement, mais aussi  les syndicats libres, les associations, les collectifs de femmes et même des personnalités représentatives qui jouissent d’un certain respect au sein de la population.  Les membres de ces conseils doivent être révocables  à tout moment pour éviter les dérives et les manipulations.  Ces conseils auront pour tâches, en plus de l’organisation de la protestation, d’engager un débat  profond avec les citoyens quant aux perspectives du mouvement.  Leur renforcement et les revendications qu’ils portent peuvent aider à faire émerger un contre-pouvoir, capable de diriger la transition.  L’assemblée de toutes ces coordinations peut constituer les États généraux du mouvement, se proclamer comme une assemblée constituante qui élaborera une nouvelle constitution et proclamer la Deuxième République Algérienne.

Le pouvoir en place n’a aucune volonté de participer à un quelconque changement qui lui ferait perdre la main. Cette fuite en avant dans la gestion de la crise, en convoquant notamment, des élections présidentielles dans moins de trois mois montre les vrais intentions en haut lieu.  Il s’agit pour eux de sauver le système à tout prix.  Ils veulent en finir au plus vite avec le mouvement populaire en bâclant une pseudo-transition. En effet, ils craignent de rendre compte des méfaits et crimes commis depuis 1962 et de perdre les privilèges immenses dont ils jouissent allègrement.  C’est aussi la volonté des puissances régionales qui ont peur d’être emportées par la vague que constituerait une révolution victorieuse en Algérie. Ces forces alliées à l’impérialisme mondial ne veulent pas de l’émergence d’un nouveau pouvoir dont ils ne maîtrisent pas les contours. Le pouvoir français notamment, englué avec les Gilets jaunes qui réclament rien de plus qu’un changement de système ne peut admettre la naissance d’une nouvelle république qui exigerait un traitement d’égale à égal. Cela pourrait signer le début de la fin de la politique de la France-Afrique qui n’est en réalité qu’un pillage systématique des richesses de ce continent.

Mohamed ARROUDJ

Important : Les tribunes publiées sur Maghrebfacts ont pour but de permettre aux lecteurs de participer au débat. Elles ne reflètent pas la position de la rédaction de notre média.

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