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Les sales astuces du printemps arabe et le casse tête Algérien

une transition dualiste et non encore jouée.

Né le 27 novembre 1947 à Alger au sein d’une famille de résistants.  M. Bouhamidi est Professeur de philosophie, militant syndicaliste et politique, directeur de la culture et chroniqueur. Nous publions régulièrement sa vision sur des sujets brûlants de l’actualité. 

 

 

Le 25 mars 2019, deux semaines avant la déclaration d’aujourd’hui, 10 avril 2019, du Chef d’État-major de l’ANP, je publiais une analyse qui dénonçait l’entreprise de nous imposer des chefs à notre mobilisation populaire.

Le principal propos annonçait :

« La campagne lancée pour placer Bouchachi comme leader naturel du Hirak et futur président de l’Algérie, montre que des forces travaillent déjà à la récupération du Hirak. Nous n’avons pas encore fini de nous entendre sur le minimum de contenu de cette révolution en cours. Les slogans et mots d’ordre montrent bien ce que nous ne voulons plus : jamais plus de vol, de corruption, de répression, de clientélisme, de gestion de l’État par les frères, les cousins ou les copains et jamais plus d’ingérence étrangère, pas de privatisation des ressources minières et naturelles et principalement le pétrole. Nous savons aussi ce voulons tout de suite : retour de la souveraineté nationale, d’une politique indépendante sur nos ressources, droits démocratiques d’expression, de réunion, de manifestation et d’édition, retour d’une politique d’harmonie sociale avec des secteurs sociaux performants en médecine, éducation, culture, sport, usage domestique de l’eau et de l’énergie et donner à nos médecins, enseignants, cadres, ingénieurs et techniciens les salaires et la considération qu’ils méritent.

Mais le reste ? Quels choix fondamentaux devons-nous imposer dans notre vie politique future ?

Au-delà du choix de Bouchachi de signer avec les chefs spirituels du terrorisme et de rééditer la plate-forme de San Egidio, il y a un parcours et une vie politique à connaître pour toutes ces ONG qui se présentent comme nos directrices de droit de nos consciences.

Avec l’accord de mon ami Ahmed Bensaada, je publie cet extrait de son livre « Arabesques$ américaines » pour éclairer une partie de l’encadrement de nos consciences et perceptions politiques par les américains et d’autres puissances étrangères de l’Union Européennes qui financent un nombre incroyable de militants professionnels.

L’analyse de Bensâada

Le 4 avril, une semaine avant cette déclaration de Gaïd Salah, Ahmed Bensâada publiait son étude des méthodes des « printemps arabes » visibles dans les manifestations populaires en Algérie (1).

Mais Ahmed Bensâada avait publié son premier livre sur « Arabesques américaine$ » en 2011 ! C’est vous dire si toutes les astuces des printemps arabes sont éventées depuis 8 ans !

Nous pourrions dire dans le style des politiciens que « nous nous réjouissons des convergences de nos points de vue » avec l’ANP, mais nous ne sommes pas des politiciens, juste des intellectuels engagés dans la défense de notre État national.

De ce point de vue temporel, au moins, nous pouvons noter que le chef d’État-major de l’ANP et donc que de nombreux officiers supérieurs ont enfin compris ce que nous dénoncions depuis très longtemps. Depuis bien plus longtemps que cet extraordinaire mouvement de mobilisation populaire qui s’est levé pour sauver le pays d’une caste compradore, qui s’est mise sous tutelle des puissances étrangères pour tout ce qui est des domaines économiques, culturels, médiatiques à part le domaine de la sécurité nationale.  Elle concerne les enjeux stratégiques qui les auraient heurtés à l’ANP et à ses perceptions du grand jeu mondial actuel. Les preuves factuelles de cette conscience ont été son refus total de se laisser enliser et détruire dans les bourbiers libyen et malien, la vigilance extrême à l’endroit de Haftar qui nous avait impudemment menacés, la vigilance envers la Mauritanie prise dans le deal de l’OTAN arabe « Trump-MBS-MBZ », l’alliance Tchad-Israël et des bases étrangères secrètes au Niger. Inutile de parler du roi du Maroc dont l’armée mène avec les américains des manœuvres contre le terrorisme si près de nos frontières.

La déclaration du Chef d’État-major prouve au moins que l’ANP en tant que corps ne percevait que les immenses dangers du grand jeu international, sans percevoir les mêmes dangers à travers les politiques menées par le président Bouteflika.

Le point aveugle de l’ANP

 

Il semble aujourd’hui qu’elle ne voyait pas non plus les actions politiques de la NED, de « l’Open society » de Soros, des instituts étrangers dont l’Institut Hebert, aujourd’hui fermé, qui ne donnait de l’argent qu’aux « associations non agréées ».

Tout au long des années Bouteflika, l’Union Européenne, deux pays européens dont la France, la NED, l’Open society ont financé des dizaines d’associations dans tous les domaines de la vie publique, repéré et recruté des centaines « d’hommes ressources » chargés de diffuser leurs idées et leurs slogans.

Ces puissances ont compris ainsi que des millions de politiques à travers le monde le « Que faire ?  » de Lénine. Ils ont recruté, formé, resauté des milliers de « révolutionnaires professionnels » mis à la disposition des révolutions colorées.

À chaud, ma réaction aux déclarations du chef d’État-major : une transition dualiste et non encore jouée.

Cette démarche des puissances étrangères arrangeait totalement la caste des oligarques et leurs appareils politiques, car elles poussaient l’opinion publique vers les réformes encore plus libérales qu’ils ne pouvaient défendre ouvertement. Pire, les partis et médias d’opposition fabriqués par l’Etat-profond jouaient ce même rôle de dire ce qui ne pouvait être avoué officiellement en plus de servir de caisses de résonnance aux luttes internes.

La réalité est que les puissances étrangères étaient les maîtres de cette caste et de son « opposition OPTOR ». Bien-sûr qu’il existe une autre opposition et je partage souvent les déclarations de la Moubadara du 24 février 2011.

Des avancées notables

La déclaration de Gaïd Salah comprend trois éléments fondamentaux à analyser :

1- La prise de conscience que la préservation de l’Algérie en tant qu’Etat et Nation passe par la confrontation avec l’impérialisme et donc aussi avec ses « cinquièmes colonnes ». Il lui reste à comprendre que cette lutte passe aussi par la lutte résolue contre l’oligarchie, TOUTE l’oligarchie.

2- La décision de détricoter toutes les affaires de corruption y compris celle de Khalifa Bank et de Sonatrach, C’est très, très important car ces affaires permettraient de remonter aux origines même de la création de cette caste et des connexions internationales. Le plus évident est qu’on ne peut parler de Sonatrach sans parler des liens secrets avec les USA et Total.

Ces deux procès permettront de détricoter les secrets cachés du Golden Boy Khalifa avec les milieux français, l’argent donné à l’OM, les soirées fastueuses de Nice, les terres concédées à Depardieu etc.  en contre partie de quoi et sous les ordres de qui  ?

L’affaire Sonatrach  détricotera du côté de Chakib Khellil, de Ould Kaddour le franco-algérien et du côté du gaz de schiste.

C’est d’un très grand courage, si l’ANP va jusqu’au bout et si elle va jusqu’au bout elle tiendra la chance d’un Poutine.

Encore faut-il que la mobilisation populaire la soutienne dans cette voie en rajoutant l’intelligence tactique au nombre et à l’unité.

C’est donc une décision de recouvrement de notre souveraineté nationale par le réexamen des fondements de nos rapports avec le pétrole et nos autres ressources

3- Il prend l’engagement de rester aux côtés du peuple même s’il justifie l’élection de Bensalah. Il parle d’accompagnement.

En filigrane on semble nous dire que la présence de Bensalah ne gênera aucune lutte contre l’oligarchie et que le processus de son déracinement est bien en cours.

Sur ces trois aspects, l’ANP a fait des pas de géant vers le peuple. Le plus important est le changement de paradigme. Enfin, notre armée nationale désigne un ennemi et ouvre la voie à une possible doctrine de défense nationale nouvelle. Et cet ennemi est sans conteste l’impérialisme et l’OTAN. Cela signifie que nous pouvons en toute clarté désigner cet ennemi et ses alliés les plus agressifs : les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, etc.

Nous sortirons de cet espace flou de nous appuyer sur de fausses alliances pour nous défendre alors que ces alliances étaient dissolvantes pour notre État et notre pays.

Rappelez-vous qu’un des arguments, le plus faux et le plus fallacieux, était que le 5ème mandat nous aurait protégé des subversions des pays du Golfe par le miracle de l’amitié de Bouteflika avec les Émirats Arabes Unis. Quelle illusion mais aussi quel mensonge car la caste des oligarques a déjà tous ses intérêts à l’étranger et n’a plus aucun souci du pays depuis longtemps !

La faute Bensalah

Mais Bensalah reste une erreur grave. Partie d’une impulsion émotionnelle qui a dépassé toutes les manipulations, elle continue de réagir avec l’espérance de l’assainissement du paysage et du personnel politique.

L’option Bensalah nous assomme tous par son maintien.

Et il est juste de continuer à réclamer son départ, car il reste le représentant de cette caste. Au-delà de l’appel, de l’État-major, à la mesure et au discernement entre l’essentiel et le temporairement secondaire, personne en peut taire que Bensalah a inauguré son magistère par un hommage appuyé à Bouteflika.

Allons-nous appeler au départ de Bensalah et des autres « B » du même point de vue que les ONG ?

Assurément non.

Nous devons appeler au départ de Bensalah du point de vue que nous avons toujours opposé aux ONG, à OPTOR, aux amis de BHL et aux « printemps arabes », du point de vue du retour à l’esprit de novembre, pour un État national indépendant, une souveraineté intransigeante, un État démocratique et social, une société algérienne libre et harmonieuse.

Pour cela nous devons passer à la phase de l’organisation et apprendre sur le tas mais aussi en lisant les théoriciens.

Donc bienvenue à tous les pas de l’ANP qui la rapproche des besoins et des rêves de notre peuple.

Nous devons encore renforcer notre unité avec elle et même croire à la sincérité de son chef d’État-major mais nous devons mettre à l’abri cette transition en écartant Bensalah qui a fait l’éloge de Bouteflika, en écartant Oud Abbés qui revient déjà menaçant, en écartant Bedoui qui donne déjà du canon à eau et de la matraque.

La meilleure voie de sortie de crise est la voie constitutionnelle sans les « 3 B ». Cela aurait été plus facile si Bensalah avait démissionné de lui-même avant la réunion du congrès. Il faudra alors maintenir la pression populaire ou au moins le paralyser. Cette mobilisation populaire doit perdurer aussi pour garantir à notre peuple, un droit de parole, de réunion, d’association, d’édition qui lui sont nécessaires pour s’organiser sans crainte.

Notre mobilisation populaire trouvera-elle les chemins de son approfondissement pour la relance de notre lutte en vue d’une Algérie indépendante et souveraine, démocratique et sociale et une société harmonieuse ?

Ou l’alliance réelle mais invisible de la caste des oligarques et des ONG pour plus de libéralisme, plus d’insertion dans le capitalisme globalisé réussira-t-elle à prendre la direction du mouvement et le dévoyer ?

Cela est déjà arrivé. Le FIS a avancé avec les colères du peuple contre le peuple. Les révolutions colorées et les printemps arabes ont fait la même chose.

Mohamed Bouhamidi.

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