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Le printemps de dignité

Par Ahmed Kaci

Le 22 février 2019 sera certainement à tout jamais gravé dans la mémoire collective algérienne, comme le jour où dans toutes les contrées du pays, des dizaines, voire même des centaines de milliers de personnes sont sorties spontanément dans la rue, pour crier leur ras-le-bol d’une situation de mépris qui n’a que trop duré et dire non à une clique d’usurpateurs qui ne recule devant aucun mensonge, subterfuge et coup de force pour maintenir à tout prix ses intérêts et imposer à tout un peuple un candidat-président à l’état de santé précaire. Jusqu’ici réduits au silence par la trique et la peur de lendemains apocalyptiques, par leur démesure ignominieuse, les ménestrels du cadre-sultan, ont réussi la gageure d’unifier les Algériens dans un sursaut d’indignation inespéré pour dire massivement leur refus du pouvoir parallèle.

Après ce sont les journées des vendredi 3 mars et 8 mars, toujours plus nombreux, plus déterminés et de plus en plus pacifiques, des millions d’Algériens expriment de diverses façons et par de nombreux slogans leur opposition au « cinquième mandant » et à la « clique des brigands » qui ont fait de l’Etat leur chose privée en se cachant derrière un président atone depuis son AVC survenu en 2013.

La mouvement, qui a commencé dans la rue bientôt un mois maintenant, a réussi à entrainer dans son sillage et à se ranger de son côté des pans entiers de la société civile plus ou moins encore en jambe, à l’instar des partis politiques, des associations, des travailleurs de l’éducation, des enseignants des universités, des étudiants, des lycéens, des magistrats, des avocats, y compris des sections syndicales UGTA, les ancien du MALG (Ministère de l’armement et des liaisons générales) durant la guerre de libération, l’ONM, la puissante organisation des anciens moudjahidins, des patrons membres du Forum des chefs d’entreprises (FCE), un ensemble de structures parmi celles traditionnellement acquises au régime, se sont rangées avec le peuple.

Sur un autre registre, on peut remonter au lendemain de l’indépendance, pour voir autant d’Algériens mettant de côté tout ce qui peut les diviser, communier et fraterniser dans une joie abondante et indescriptible, et par la présence impressionnante des femmes. Même les forces de sécurité, d’habitude peu amènes, ont arboré une attitude qui en dit long sur la profondeur humaine que cette Révolution du sourire, nom par laquelle certains aiment la désigner, a réussi à insuffler à tout un peuple.

Les manifestations monstres dans la rue et les grèves partielles dans de nombreux secteurs ont réussi à faire reculer le noyau dur du bloc social au pouvoir qui a ainsi renoncé à présenter la candidature de Bouteflika à un cinquième mandat. Et l’armée, par la voix du chef de l’état-major Ahmed Gaid Salah, n’a cessé d’affirmer sa proximité et la solidité de sa relation avec le peuple, en dépit d’une campagne douteuse visant à l’entraîner soit dans un conflit ouvert avec la nation soit la pousser à se mettre au devant de la scène politique. Dans cette partie d’échec qui s’annonce longue et ardue, elle ne manquera pas de peser de tout son poids moral pour éviter au pays les affres des « printemps arabes » et faire valoir les revendications légitimes de la majorité écrasante des Algériens. D’autant que les tentatives de déstabilisation et de manipulation du mouvement ne sont pas à exclure que ce soit,  au plan interne, par les velléités des oligarchies prédatrices de continuer à garder la main sur les ressources du pays, que ce soit, au plan externe, par des officines dont les agendas sont aux antipodes des aspirations des peuples à l’émancipation.

Et c’est en toute logique que même ébranlée, la clique des usurpateurs, ses compradores et ses mandarins, ne renoncera pas volontairement à ses intérêts et à ses privilèges. On vient de s’en rendre compte avec les dernières annonces prêtées au président de la République. Acculée par la puissance de la vague sociale, ils ont seulement reculé pour mieux rebondir. Les mesures annoncées : report sine die de l’élection présidentielle, prolongement du mandat du président sortant, l’organisation d’une Conférence nationale, en sus de la nomination d’un gouvernement dirigé par les hommes de main de Bouteflika, sont d’ores et déjà rejetés par le peuple. Le plafond des revendications populaires se concentre aujourd’hui sur la fin du système politique actuel, le départ de ses figures tant décriées et sa profonde transformation dans un cadre serein et souverain, libre et transparent. La nomination d’un gouvernement de compétences indépendant, l’assemblée constituante,  la mise sur pied d’une Commission indépendante de surveillance des élections figurent parmi les propositions qui ressortent à même de garantir au plus grand nombre la participation la plus profonde et la plus concrète qui soient aux destinées de leur pays.

La question sociale quant à elle, même si elle est posée en creux, n’en demeure pas mois présente avec force au regard des slogans et des mots d’ordre scandés par les manifestants durant ces semaines où le fleuve a grondé sans déborder. Et continuera à l’être tant que ceux d’en haut n’ont pas compris que plus jamais l’Algérie ne sera comme avant. Demain, vendredi 15 mars, sera une étape cruciale. Tout un pays y est suspendu !

Ahmed Kaci

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