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La corruption et son équation

Par: Ahmed Halfaoui

Voici pourquoi les partisans de « l’économie de marché » vous mentent, voici pourquoi ils ne sont pas vraiment contre la corruption et pourquoi ils ne parlent que de « démocratie » et de « liberté », en évitant de poser la question de la juste répartition des chances et des richesses.

La corruption a pour milieu de vie un système économique dont le moteur est le profit. Ce système s’appelle le capitalisme, l’économie de marché, la libre-entreprise, et a comme religion le libéralisme.

On nous dit que le personnel politique qui est chargé d’assurer l’arbitrage (la régulation) entre les opérateurs qui se livrent une guerre commerciale où le plus malin doit gagner, doivent imposer le respect de règles strictes, dont la principale est de ne mettre en jeu que le rapport qualité/prix dans la balance. Ce qui constitue, déjà, une rude tâche dans des sociétés qui carburent à l’argent et qui n’ont aucun égard envers ceux qui travaillent et qui n’ont que leurs bras ou leur cerveau à vendre. Libre à ses derniers de se battre pour avoir droit à un maximum de bien-être.

Entre capitalistes, la tentation est grande de se faire valoir auprès des clients autrement que par ses performances. Interviennent alors les pots-de-vin pour passer devant les concurrents. Le plus souvent, les corrupteurs ont affaire a des fonctionnaires dont les revenus sont bien en deçà de ce qu’il faut pour accéder aux rêves qui s’étalent à l’horizon des promesses de réussite. Mais, la réussite est synonyme de gain d’autant d’argent que possible.

La corruption trouve, ainsi, un terrain fertile dans cette douloureuse équation de fonctionnaire relativement pauvre, qui peut devenir très riche par un simple jeu d’écriture ou de choix parmi des offreurs qui l’indiffèrent. Pour dire l’ancienneté de la problématique, on peut citer cet adage qui dit que «la loi est une toile d’araignée qui n’arrête que les petits insectes, les gros passent au travers». On est en plein dans le contexte.

Alors, en plus des règles, on fait appel à la déontologie professionnelle, à la probité, à l’honnêteté, au respect du bien public, voire au patriotisme, et à tous les produits de moralité.

Rien n’y fait. Partout dans le monde, il se trouve toujours des fonctionnaires qui cèdent et des corrupteurs qui ne résistent pas à l’appât du gain facile.

Mais, tôt ou tard, les bonimenteurs du libéralisme se trouveront face à une population qui lèvera ses derniers doutes sur le credo dominant que le «travail honnête» est la seule voie du succès économique.

 

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