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Puisque demain ça va parler des femmes, Haïk versus hidjab?

« Notre haïk, contre votre hidjab ». Se pose un problème de taille, à plusieurs dimensions. Dont deux principales.
Par | Ahmed Halfaoui

Depuis quelques années, le haïk, ce voile féminin quasi intégral, est remis à l’honneur par une frange de femmes. Des défilés publics ont été organisés, pour la cause, rassemblant quelques dizaines de « porteuses » occasionnelles, qui le quitteront dès la cérémonie terminée et les photos prises.

La veille du 8 mars 2015, une manifestation du genre a eu lieu à Oran, selon l’une des initiatrices l’ »initiative se veut un hommage au haïk qui conférait une certaine élégance et une allure particulière à celles qui le portaient ». Il s’agit aussi de « redonner à cette tenue, considérée symbole de la féminité et de la pudeur, sa vraie valeur et tenter de protéger ce patrimoine culturel algérien contre l’oubli ».

Ce sont, du moins, les principales motivations affichées. Si nous évacuons le contexte sociopolitique et tous ses non-dits, nous nous en tiendrions, bien sûr, à cette compréhension.

Mais il surgirait une interrogation sur le fait lui-même, qui apparaîtrait comme incongru. Pour la simple raison que la militance déployée s’arrête à l’exhibition au lieu de concrétiser les louanges exprimées, par un port permanent de l’accessoire, qui présenterait tant de qualités. Ce qui serait dans la logique des choses.

Comme il n’en est pas ainsi, le message délivré est reçu clairement par la société. Le voici : « notre haïk, contre votre hidjab ». Se pose un problème de taille, à plusieurs dimensions. Dont deux principales.

La première est que lorsque l’on fait la promotion d’une tenue il faut l’assumer. Ce n’est pas le cas. Du coup, l’entreprise est quelque peu bancale de vouloir faire changer d’avis les « hadjoubis », quand soi-même on ne se plie pas à ce que l’on promeut.

La seconde dimension relève de la fragilité de l’argumentaire et de l’insulte faite à l’intelligence des algériennes qui, à l’indépendance, ont entamé le processus de libération des mouvements de leur corps de cette étouffante chrysalide. Ce fut quand il a été possible d’aller à l’école et de travailler, de pouvoir sortir sans tuteur et d’occuper l’espace social.

De facto, donc, avec la fin de l’enfermement, le haïk ne pouvait plus être, en tant que prolongement de cet enfermement à l’extérieur du foyer. Il avait donc vécu et remisé, au plus, dans les rites du mariage. Porter un cartable, écrire, parler, courir, faire du sport, prendre le bus, porter un parapluie, exister, avoir un visage, autant de raisons qui se sont dressées contre l’idée même d’être emmitouflée dans un pan de tissu, fut-il en soie.

Vint le hidjab, plus tard, qui fut beaucoup adopté. Lui, il n’a pas la prétention de brider ni les mains, ni la marche des femmes. Il se contente, essentiellement, de couvrir les cheveux et de porter la symbolique de la religion. Dans sa conquête de l’espace féminin, il lui a fallu pourtant faire des concessions majeures. Il lui a fallu céder aux desiderata de la séduction et de l’élégance, aux jeans et tee-shirts et autres vêtements. Il s’est adapté à merveille et s’est banalisé.

Le comparer, seulement, au haïk exige un effort particulier d’ignorance des réalités et d’oubli de ce qu’est véritablement le haïk, en dehors des clichés fantasmés.

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