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Le géant français Lafarge mis en examen pour «financement du terrorisme» en Syrie

Par Ahmed Zakaria

L’étau judiciaire se resserre en effet, sur le cimentier Français Lafarge. La cours d’appel de Paris vient de maintenir les mises en examen pour «financement du terrorisme», dont Daech, pour «violation d’un embargo» et «mise en danger de la vie» d’anciens salariés de son usine de Jalabiya en syrie.

Les autorités judiciaires confirment ainsi, l’existence de preuves «sérieuses» contre la société accusées par la coordination des chrétiens de l’Orient notamment, de verser de l’argent à des organisation terroristes en Syrie et de mettre en danger la vie de ses employés. Huit cadres et dirigeants du groupe sont poursuivis dans cette affaire.

Pour la première fois dans l’histoire des multinationales, une société est accusée de collusion avec des groupes terroristes et de crimes contre l’humanité, après avoir coopéré avec des organisations telles que l’Etat islamique pour maintenir son usine dans la région de Jalabiya, près de la ville d’Alep, dans le nord du pays, malgré la chute de la région où elle est sous le contrôle de Baghdadi.

« C’est la première fois dans le monde qu’une entreprise est accusée de complicité de crimes contre l’humanité, étape cruciale dans la lutte contre l’impunité pour les multinationales opérant dans les zones de conflit armé(…) » Lafarge a sacrifié son personnel et s’est mis d’accord avec les groupes terroristes tout en le sachant », a déclaré le groupe dans un communiqué., a déclaré Marie-Dousse, avocate de l’organisation Sharpa, avait porté plainte contre Lafarge en novembre 2016.

Les accusations, décrites par les autorités judiciaires françaises comme « cohérentes et sérieuses », indiquaient que l’argent avait bénéficié aux groupes armés, menés par ISIS, et que la société avait payé cet argent sous forme d ‘« impôts » pour sécuriser la circulation de ses employés, biens et achats, y compris le pétrole.

Selon certaines informations, des enquêtes auraient révélé des soupçons selon lesquels la société aurait même vendu son ciment à ISIS, après un accord avec elle en décembre 2014, lors de la prise de contrôle de l’usine par les extrémistes. Ces derniers montraient un intérêt particulier aux ciments puisque la principale stratégie pour leurs déplacements repose sur un tissu de tunnels fortifiés.

Des journaux mondiaux de premier plan, ont affirmé à travers des documents que les dirigeants de Lafarge à Paris, étaient au courant des agissements. Ces documents ont rapporté qu’en juin 2016 des lettres reçues par les dirigeants de Lafarge révélaient que les accords de la société avec les djihadistes prévoyaient que la production se poursuivrait.

L’association française anti-corruption (Sherpa), une organisation non gouvernementale, s’est félicitée des mesures prises par la justice, même si cette dernière a annulé la mise en examen pour  «complicité de crime contre l’humanité» et qu’elle ait refusé de reconnaître l’organisation ainsi que la coordination des chrétiens d’orient comme parties civiles dans l’affaire.

Laurent Fabius, Rien vu Rien entendu…

En 2018 l’ancien ministre des affaires étrangères M. Laurent Fabius a été entendu comme témoin dans l’affaire Lafarge. Le ministre des Affaires étrangères au moment des faits affirme n’avoir été au courant de rien. Chez ses adversaires et même au sein de son propre camp, on avait du mal à le croire. Selon l’audition publiée par les medias.

L’ancien maître du Quai d’Orsay a été entendu comme témoin par les juges enquêtant sur les soupçons de financement du terrorisme en Syrie par le cimentier Lafarge.

«Je n’ai jamais été saisi d’une question concernant Lafarge, je suis catégorique»: Laurent Fabius n’a cessé de l’affirmer aux juges Charlotte Bilger et David de Pas. L’ex-premier diplomate français assure même ne pas se souvenir s’il était au courant qu’une usine Lafarge se trouvait en Syrie: «Si la question est de déterminer si je savais ou non qu’il y avait une usine Lafarge en Syrie, je n’ai pas de souvenir précis.»

 Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le Suisse Holcim,  a maintenu l’activité de son usine syrienne située à Jalabiya, à 150 km au nord-est d’Alep, et ce en pleine guerre et au prix d’arrangements financiers avec des groupes terroristes. Entre 2011 et 2015, le cimentier aurait versé environ 13 millions d’euros à des groupes armés, dont Daesh. «Dans le cadre de l’instruction, il est retenu exactement ce chiffre: 12.946.000 euros versés par Lafarge entre 2011 et 2015 au profit d’organisations terroristes, parmi lesquelles le groupe État islamique*», a déclaré Marie Dosé, avocate de Sherpa, une ONG qui s’est constituée partie civile dans cette affaire afin de défendre les employés syriens de l’usine.

La question est de savoir ce que savaient le Quai d’Orsay et son ex-patron des activités de Lafarge en Syrie. Et pour faire la lumière sur ce point, Sherpa a demandé à ce que Laurent Fabius et deux ambassadeurs de France pour la Syrie soient auditionnés. Pour l’ONG, difficile de croire que le chef de la diplomatie n’ait rien su de ce qui se tramait.

Interrogée par nos confrères de FranceInfo, Marie Dosé a qualifié l’audition de Laurent Fabius d’«extrêmement inquiétante»:

«Laurent Fabius a déclaré sous serment qu’il ne savait rien alors que son ministère savait tout. De nombreux documents ont été déclassifiés par le ministère des Affaires étrangères à la demande des juges d’instruction, et des notes diplomatiques démontrent que le Quai d’Orsay savait tout, du début jusqu’à la fin, c’est-à-dire le maintien de Lafarge en violation de la réglementation et ses tractations avec Daesh. Comment est-ce que le Quai d’Orsay a pu ne pas en informer le ministre? Il y a un vrai dysfonctionnement des institutions et ce qui m’effraie, c’est la sérénité avec laquelle Laurent Fabius nous explique qu’il ne savait rien.»

Le Point a pu se procurer un courriel de l’ambassade de France située alors en Jordanie et daté du 17 septembre 2014. Un diplomate français y fait mention d’un entretien avec Frédéric Jolibois, alors patron de Lafarge en Syrie qui s’est déroulé le 10 septembre 2014.

«Poursuite des activités du groupe Lafarge en Syrie, au prix d’un jeu d’équilibriste entre régime de Damas, forces kurdes et État islamique», pouvait-on lire dans le document.

 

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