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La tribu

Par Ahmed Halfaoui

Dans la tribu l’individu n’existe pas, il fait corps avec tous les autres. Ils sont pères, mères, oncles, tantes, frères, sœurs, fils et filles d’oncles et tantes . On vit pour la tribu et la tribu vit pour nous. La tribu nous nourrit et nous protège.

En retour nous mourrons pour la tribu et la tribu meurt pour nous. Liens du sang, liens d’honneur, liens tout court. L’exil de la tribu est une mort. Il n’y a pas d’autres espaces de vie que les tentes de la tribu, elles nous appartiennent et nous les partageons avec les autres.

Mais voilà, nous sommes en un lieu du continuum de l’évolution sociale qui se situe entre la tribu et un devenir social qui s’invente encore. La tribu est encore en nous. Nous avons oublié de la quitter avant de changer de vie. Et on tend vers ça : on quitte le père et la mère et l’oncle et la tante et le frère et la sœur et les enfants de l’oncle et de la tante. On vivra seul et on mourra seul. On mange déjà seul et on a son propre territoire ou on n’a rien du tout. Chacun sa tente et chacun se débrouille. Mais la tribu sera toujours là. Sauf lorsque la faim, le froid ou la maladie sont là. On ne les voit pas ces choses là. On ne voit pas la femme qui a faim, on voit qu’elle bafoue l’ordre de la tribu. On ne voit pas l’enfant abandonné sous les ponts, on voit celui qui chaparde son dîner. On se marche dessus, on s’entretue même. Sauf que par-dessus tout, on ne doit pas quitter la tribu. On doit continuer à ressembler au père et à l’oncle et au frère et au fils de l’oncle. On ne doit pas exister hors de la tribu.

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