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Qu’est-ce que la cyberguerre?

Rares sont les concepts à avoir connu autant de pérégrinations que ceux de la « guerre hybride ». Popularisé au milieu des années 2000 par deux officiers du corps des Marines, le général James Mattis et le colonel Frank Hoffman, ce terme-concept, met en avant la complexité nouvelle de la guerre du troisième millénaire. Il appuie notamment, l’accroissement de l’utilisation de moyens non-militaires par des troupes irrégulières, structures proto-étatiques et même le propre potentiel du pays cible.


Par Ahmed Zakaria


« Cela a différents labels: attaques ambiguës; guerre hybride; guerre non-linéaire, ou… quel que soit la façon dont on l’appelle, nous voyons une combinaison d’opérations militaires secrètes combinée à des opérations d’information et de désinformation sophistiquées » a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen lors d’un discours à Chatham House – Londres, Royaume Unis –, 14 juin 2014.

Les « guerres hybrides » se sont multipliées, alimentant à la fois, les mesures d’adaptation institutionnelles de différents pays, leurs politiques de partenariat, ainsi que les appareils de défense selon la particularité de chaque pays.

Les cyber-attaques ne sont qu’un élément dans une guerre hybride. De plus en plus, les cyberattaques sont considérées comme un aspect de ce qu’on appelle la guerre hybride. Le terme guerre hybride est quelque peu mal défini et a changé de sens au cours des dix dernières années environ depuis son entrée en vigueur.

De plus en plus, cependant, il est utilisé pour décrire les pratiques typiques de cyberguerre combinées à des processus visant à embrouiller les processus sociopolitiques des pays ciblés.

Réseaux sociaux, guerre hybride et les révolutions « augmentées »


Les anthropologues de la guerre estiment que ces nouveaux modes pour mener les conflits, n’apportent rien de nouveau dans l’esprit de la guerre. Ils existaient depuis les toutes premières guerres répertoriées par les historiens. Sauf que ce sont les moyens qu’elles mobilisent et leurs nuisances quasi instantanées, qui font la différence.


Finalement Il est difficile d’imaginer le recours à la force militaire sans soutien informationnel simultané, sans sanctions économiques, sans méthodes de « guerre secrète », sans tentatives de fragmentation de l’ennemi, et sans chercher à utiliser les conflits (ethniques, sociaux, économiques, politiques, etc.) dans le camp de l’adversaire. C’est l’alphabet de toute guerre en général depuis l’Antiquité.


En d’autres termes, la cyberguerre, comme son nom l’indique, fait référence à l’utilisation de la technologie pour attaquer les ordinateurs ou les réseaux de communication contre un pays cible, causant des dommages comparables à une guerre réelle.  Si les dommages causés par les cybers attaques sont réparables, le morcèlement des sociétés par l’ultranationalisme, la religion, le régionalisme et le sectarisme en demeurent les pires des conséquences. Combien de pays depuis la guerre des Balkans ont été démembrés ?

Le 15 février 2011, Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, déclara « qu’Internet est devenu l’espace public du XXIe siècle » et que « les manifestations en Égypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube, reflétaient la puissance des technologies de connexion en tant qu’accélérateurs du changement politique, social et économique« . Elle annonça également le déblocage de 25 millions de dollars « pour soutenir des projets ou la création d’outils qui agissent en faveur de la liberté d’expression en ligne », et l’ouverture de comptes Twitter en chinois, russe et hindi, après ceux en persan et en arabe.

De Kiev, à Tripoli en passant par Tunis, Damas, le Caire ou Alger, les révolutions toutes colleurs confondues, n’ont pas brillé que sur les « Maïdans » seulement. Les plateformes de médias sociaux et les blogs ont joué un rôle majeur. L’espace virtuel s’est rapidement transformé lors du printemps arabe qui a débuté en 2011, en un théâtre de conflit entre militants de l’opposition en ligne et régimes en place, ce qui a contribué à l’émergence d’une désinformation médiatique qui a jeté de l’ombre sur le mouvement révolutionnaire dans la région.

Il est toutefois nécessaire de noter l’importance des réseaux sociaux dans la circulation de la parole pour contourner les médias traditionnels des pouvoirs en place, figés dans les pratiques des années 70. Mais les réseaux sociaux sont-ils vraiment, des outils de propagation de la démocratie ?

Fake-news, manipulation, slogans importés depuis d’autres capitales, les militants du terrain ont vite été étouffés ou utilisés comme façades pour des intérêts d’autres organisations ou forces politiques plus organisées.

En effet, les guerres se gagnent ou se perdent psychologiquement. Cette antique vérité prend des caractéristiques encore plus aigües, depuis que la médiatisation des sociétés repose sur la haute technologie qui par la circulation en réseau et a l’infini, exacerbe la sensibilité nerveuse des opinions.

Avec l’hyper connexion aux réseaux sociaux, robots numérique et algorithmes se révèlent en de parfaits agents qui isole les individus dans un cyberespace bien défini. Cela rend l’utilisateurs de ces réseaux plus vulnérable à la manipulation par les contenus quasi prédéfinis et qui lui sont personnellement dédiés.

Quelles sont les menaces posées pour les économies ?


Les acteurs politique et économiques sont de plus en plus conscients que nous dépendons désormais de systèmes informatiques pour tout gérer : télécommunication, services financiers, réseaux bancaires ou encore les réseaux de transport. Une attaque contre ces systèmes pourrait être tout aussi dommageable qu’une campagne militaire traditionnelle menée par des troupes armées ou des missiles.

Souvent des attaques de hackers sont parrainées par les l’État et qui ne les revendiquent pas, laissant place ainsi, à la spéculation. « Une cyberattaque contre les Nations Unies (ONU) était le fait de pirates informatiques parrainés par un État », ont rapporté les organes onusiens en janvier 2020. L’attaque a vu des pirates informatiques compromettre au moins 40 serveurs dans les bureaux de l’ONU à Vienne, à Genève et au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.  

L’hyper-connexion des entités économiques, industrielles ou financières, accroît également, la vulnérabilité de ses dernières aux politiques des sanctions économiques, des attaques informatiques, des actes groupés pour faire chuter la valeur des actions à la bourse ou encore, les actes de sabotage paralysant les systèmes de production.  


Comme il est difficile de cerner «la guerre hybride » dans tous ses aspects, cette dernière occupe de plus en plus le centre des préoccupations de beaucoup de pays dans leurs politiques de défense.  D’où l’émergence de « la notion de la souveraineté numérique ». A ce propos, les experts s’accordent à dire que cette souveraineté passe non seulement, par la maitrise des moyens technologiques, mais aussi par l’implication des citoyens. Hyper-connectés, ils deviennent souvent le principal enjeu, par leur statut de « produits » et « outil » dans l’échiquier des conflits cybernétiques, visiblement permanents.


Les États-Unis, la France et Israël sont considérés comme des Etats pionniers dans ce domaine. Stuxnet, par exemple, était une « joint-venture » entre Israël et les Etats-Unis – pour détruire le programme nucléaire iranien. Stuxnet, a été utilisé pour la première fois il y a plus de dix ans. Ce malware a recherché des logiciels spécifiques aux centrifugeuses, et leur a ordonné de tourner dangereusement rapidement puis de ralentir pendant plusieurs mois sans être détecté. Ces centrifugeuses se sont finalement cassées et plus de 1 000 machines ont été rendues inutiles.

Nous savons que la Russie et la Chine développent des cyber-armes en préparation à tout futur cyber conflit. Russes et les Chinois, avaient d’abord, commencé par renforcer leurs défenses cybernétiques. En développant leurs propres internet avec moteurs de recherches, réseaux sociaux et surtout la messagerie bancaire, ils sont actuellement capables de se déconnecter totalement de réseau mondiale sans que leur activités socio-économiques ne soient pour autant, paralysées.

En 2019 La Russie a testé avec succès une alternative nationale à l’Internet mondial. L’initiative consiste à restreindre les points auxquels la version russe du réseau se connecte au réseau mondial. L’un des avantages de la transformation effective de tous les accès à Internet en un jardin clos, est que les réseaux privés virtuels (VPN), souvent utilisés pour contourner les blocages, ne fonctionneraient pas.

Pour sa part l’Iran dispose également d’un réseau domestique moins sophistiqué, mais protège assez bien ses infrastructures notamment électriques et nucléaires, des attaques successives. Le réseau domestique iranien a permis à Téhéran de contourner les sanctions économiques via le Swift. Transformé en une véritable arme de guerre, le Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Télécommunication), est un système interbancaire international de transfert d’information et de paiement. Plus de 11.000 institutions financières de 200 pays sont connectées à ce système. Après les événements du 11 septembre 2001, les USA ont reçu (sous le prétexte de la guerre contre le terrorisme), un accès au système SWIFT au nom du contrôle des opérations financières des organisations terroristes. De cette manière, toute information sur les paiements transitant par le SWIFT est accessible aux USA.

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