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Pourquoi l’Algérie et l’Afrique doivent revoir les Accords d’Association avec l’Europe?

 Alors que l’échiquier mondial et africain connaissent une évolution qui s’apparente à une rupture anthropologique, la Commission européenne reste déterminée à utiliser la menace pour poursuivre sa fuite en avant sur le continent africain. Quels sont les arguments du président Tebboune, face à ce volte-face européen qui intervient au moment ou l’Algérie et d’autres pays africains prennent leur envol ?

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Par | Sarah Bouchaffa


L’Accord d’Association signé en 2005 entre l’Algérie et l’Union Européenne (UE) avait pour but de renforcer leurs relations économiques, politiques et sociales, en créant notamment une zone de libre-échange et en stimulant les échanges commerciaux bilatéraux, L’Algérie s’était donc engagée à ouvrir ses marchés pour permettre l’entrée des produits européens., mais avec des conditions, dont l’UE n’a pas respecté.

Presque deux décennies plus tard, L’UE a fait encore, la sourde oreille aux appels de l’Algérie l’incitant à respecter ses engagements en matière de transfert de technologie, du taux d’intégration et d’investissements concrets faisant. Les menaces à peine voilée de recourir à la machine judicaire européenne risque de faire de cet accord, une source de tension, dans les mois à venir.

En effet, l’Algérie, à l’instar de beaucoup de pays africains s’apprête, à faire face à un arsenal juridique l’Union européenne. Ça sera donc le principe du gagnant-gagnant, dont le président Tebboune a adopté comme leitmotive, contre celui du libre-échange qui suscitent d’énormes critiques. L’argumentaire européen demeure statique et se résume à une ode au libre-échange.

En dépit des changements profond sur la scène internationale et surtout africaine, l’EU compte graver dans le marbre sa primeur sur le commerce en Afrique, dans la droite ligne de sa tradition néocoloniale.

Cependant la perte de vitesse du vieux contient face à la concurrence chinoise, russe turque et surtout à l’émergence des zones de libre échanges africaines et des projets intégrés continentaux, l’EU semble s’entêter à prendre le risque pour maintenir ses privilèges hérités du 20ème siècle.

En effet, en ce qui se concerne l’Algérie, l’un des principaux problèmes réside dans le déséquilibre commercial croissant : les importations algériennes en provenance de l’UE ont considérablement augmenté, tandis que les exportations algériennes, principalement des hydrocarbures, n’ont pas bénéficié d’un accès équitable aux marchés européens. A titre d’exemple, les produits agricoles algériens et les biens manufacturés, qui butent face aux barrières normatives, peinent à pénétrer le marché européen, accentuant le déficit commercial de l’Algérie et sa dépendance économique vis-à-vis de l’Europe.

En outre, l’Accord d’Association n’a pas réussi à diversifier l’économie algérienne comme espéré. L’industrie algérienne est restée fortement dépendante des hydrocarbures, et la croissance dans d’autres secteurs économiques a été marginale. D’ailleurs, l’industrie textile algérienne a souffert de la concurrence accrue des produits européens, entraînant la fermeture de nombreuses entreprises locales.

Les investissements directs étrangers (IDE) en provenance de l’UE n’ont également pas atteint les niveaux escomptés. Les flux d’IDE ont principalement ciblé le secteur des hydrocarbures, négligeant d’autres secteurs potentiellement porteurs comme les technologies de l’information et de la communication ou l’industrie pharmaceutique. Cette situation a renforcé la perception que l’Accord d’Association profite davantage à l’UE qu’à l’Algérie, augmentant le sentiment de frustration des autorités et des entreprises algériennes.

Face à cette situation, l’Algérie a demandé à plusieurs reprises une révision de l’Accord d’Association pour mieux refléter les réalités économiques actuelles et les intérêts nationaux. Les autorités algériennes insistent sur le fait que l’Algérie de 2024 n’est plus celle de 2005 et que le contexte mondial et européen a également évolué. Elles appellent à des mesures pour rééquilibrer les échanges commerciaux, en facilitant davantage l’accès de leurs produits non pétroliers aux marchés européens, et sollicitent le soutien de l’UE pour diversifier l’économie algérienne à travers des transferts de technologie, des programmes de formation et des partenariats industriels.

Comme le traité de libre-échange avec les États-Unis (Tafta), celui avec le Canada (Ceta) ou la myriade d’accords bilatéraux que l’Europe signe (Mercosur, Vietnam, Philippines), les accords de libre-échange négociés avec l’Afrique n’ont fait l’objet d’aucune révision à la hauteur des enjeux et les aspirations africaines

En réponse aux restrictions commerciales imposées par l’Algérie pour protéger certaines industries locales, Bruxelles a récemment engagé une procédure de règlement des différends contre Alger. L’UE considère que « certaines mesures restrictives algériennes, comme les interdictions d’importation et les exigences de licences pour certains produits européens, sont contraires aux engagements pris dans le cadre de l’Accord d’Association » indique le communiqué de Bruxelles.

De son côté, l’Algérie justifie ces mesures comme nécessaires pour protéger son économie et ses entreprises locales face à une concurrence déloyale. Les experts dans le domaine considèrent que ses critiques sont des « réclamations infondées ».  Ils soulignent que l’accord de partenariat signé il y a plus de 20 ans stipule clairement que l’UE devait investir en Algérie, transférer des technologies et promouvoir la mobilité des personnes en matière de Visas et de recherche scientifique. Cependant, l’UE n’a pas respecté ces engagements.

Depuis 2005, le monde a considérablement changé, tout comme l’Algérie. Les réalités économiques, politiques et sociales de 2024 diffèrent largement de celles du début du siècle. L’Algérie a entrepris des réformes économiques d’envergure et cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures en diversifiant son économie. De plus, les dynamiques géopolitiques et économiques globales ont évolué, avec de nouveaux défis et opportunités pour les deux parties.

Cela d’autant plus que les réformes entreprises par Tebboune a mis en place des projets structurants mettent l’intégration continentale en priorités. L’Algérie attache, aussi, une grande importance à la réalisation de l’un des projets phares de l’agenda 2063 qui est la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Tebboune a rappelé à plusieurs reprises que l’Union européenne avait souvent imposé son agenda dans le cadre des « accords de partenariat économique » (APE), profitant des réalités de chaque pays africain, confronté à des problèmes et des calendriers différents, or depuis quelques années les africains pensent en un espace commun à travers l’agenda 2063.

L’Accord d’Association entre l’Algérie et l’Union Européenne, bien qu’ambitieux à ses débuts, nécessite une révision pour répondre aux réalités actuelles et futures, en tenant des mutations et les aspirations du continent africain où l’Algérie est résolue à jouer un rôle majeur.  

Les inconvénients de l’accord de 2005, tels que le déséquilibre commercial et l’impact sur l’industrie locale, soulignent l’importance de réévaluer les termes de cette association. Une collaboration renouvelée et ajustée pourrait non seulement renforcer les relations bilatérales mais aussi contribuer à une croissance économique durable et équilibrée pour l’Algérie et renforcera la résilience du partenaire Européen face à la concurrence plus réaliste de la chine, la Russie et même étasunienne.

Quels sont les atouts de l’Algérie pour faire face aux éventuels pressions de certains pays européens?

Plusieurs analystes s’accordent à dire que l’Algérie dispose de plusieurs atouts pour faire face aux pressions européennes et renégocier les accords d’association de manière plus avantageuse. Tout d’abords son poids géostratégique de plus en plus grandissant. Depuis 2021, l’Algérie joue un rôle de plus en plus important dans les équilibres régionaux et continentaux, notamment grâce à sa stabilité politique et son influence grandissante.
Son positionnement stratégique entre l’Europe et l’Afrique en fait un partenaire incontournable pour l’Europe.

Avec les nouveaux accords de partenariat stratégiques avec l’Italie, le Portugal et même l’Espagne, Alger a un acteur majeur sur le marché énergétique mondial, notamment en tant que fournisseur incontournable de gaz. ce qui lui confère une positions accrue dans les négociations, vue qu’elle partage des intérêts stratégiques avec des pays comme l’Italie et le Portugal et l’Espagne, qui sont déjà des voix dissonantes, notamment par rapport au marché de l’énergie et de l’agriculture.
Par L’Algérie est en passe de devenir le moteur de l’intégration économique africaine à travers des initiatives comme la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine et ses méga projets transsahariens. Cette dynamique lui permet de s’appuyer sur un marché continental en pleine expansion face à l’Europe.

Enfin, elle peut bénéficier de la concurrence accrue, ainsi que le soutien des pays comme la Chine, la Russie ou la Turquie, qui sont aussi en quête de renforcer leur influence sur le contient.

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