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Pourquoi et pour qui la Révolution ?

Par Ahmed KACI

A la veille d’un vendredi qui promet de nouvelles mobilisations dans la rue,  après l’initiative d’actionner l’article 102 constatant l’inaptitude du président, il serait intéressant pour tout un chacun de réfléchir non seulement au devenir de ce formidable mouvement, mais aussi et surtout à son contenu réelle en accord avec les préoccupations de l’écrasante majorité du peuple révolté.

S’il est courant de lire ou d’entendre le mot d’ordre exigeant le « départ du système », il est rare, par contre, de rencontrer une explication adéquate et consensuelle sur ce que cela désigne exactement. La plupart du temps, on se suffit de dérouler un chapelet de méfaits engendrés par le système, qu’il est loisible pour tout un chacun de réciter.

On peut, à cet égard, citer de façon non exhaustive l’autoritarisme, les limites imposées à l’activité démocratique, la restriction des libertés individuelles et collectives, le musellement des champs politique et médiatique, le harcèlement des militants syndicalistes et des droits de l’homme, la corruption, le népotisme, le clientélisme, la paupérisation du plus grand nombre, les inégalités sociales criantes dans tous les domaines (soins, éducation, niveaux de vie, etc.). D’autres y ajoutent le climat des affaires nauséabond, les lourdeurs bureaucratiques et les règles souvent abscons qui dissuadent l’investissement.

Le système n’est pas ses effets

Pour autant les techniciens de surface, qui mettent en avant cet inventaire de maux pour nous dévoiler le système, ne nous expliquent rarement les causes profondes qui les produisent. Et quand, ils sont interpellés pour nous exposer les solutions afin d’en finir avec ce syndrome inquiétant, leur recette, quand ils s’aventurent à en présenter une, s’avère déjà expérimentée moult fois, et ne déroge pas aux médications administrées par le passé, qui au lieu de guérir le mal, se borne à faire baisser la fièvre. Recettes inscrites dans l’horizon indépassable des politiques imposés par le FMI et la Banque mondiale à partir de 1994 puis dans le cadre de l’accord d’association avec l’Union européenne.

Les millions d’Algériens sortis dans la rue, veulent certes récupérer le pouvoir de décider librement de leur avenir politique. Mais d’un avenir qui signe d’abord la rupture avec les politiques ultralibérales qui les réduisent à la misère sociale, au chômage de masse, à vivre d’expédients et de débrouillardise, à assister impuissants à l’érection de fortunes indues, à la prédation et aux pillage des ressources de la collectivité par une oligarchie d’affaires et de copinage, à l’inégalité sous toutes ses formes, au suicide, à la prostitution, à la Harga (émigration clandestine).

En cela, ce qui se passe en Algérie dépasse la simple revendication d’une participation démocratique. Il s’inscrit dans une nouvelle séquence de la crise du capitalisme d’abord dans la métropole impérialiste ensuite à sa périphérie compradorisée, au moyen de différents dispositifs d’échanges inégaux et de pillage systématique. Très emblématique de cette séquence, en France, par exemple, le prolétariat encore combattif, relégué à la périphérie, se bat depuis plusieurs mois pour faire entendre sa voix face aux monstruosités du capital et des oligarchies en place.

Le mouvement et la nouvelle séquence de la crise du capitalisme

Le prolétariat algérien, s’il n’a pas encore dépassé l’instant de la radicalité formelle pour se battre pour son intérêt de classe, il serait illusoire de vouloir l’arraisonner longtemps à la seule alternative de la dictature du progrès et de la modernité de la marchandise, la bien nommée démocratie comme les professionnels du racket politique tentent de le faire.

La raison tient à ce que la domination réelle du capital achevée en son centre ne laisse aucune marge de manœuvre au capital de la « banlieue », toujours en butte face à ses problèmes d’accumulation tardive et au stade formelle, que la seule possibilité de demeurer un ersatz de capital, dominé, soumis et dévoué aux intérêts voraces des grands conglomérats financiers et industriels. Et en parallèle des populations –son potentiel marché- de plus en plus paupérisées et exclues de la mondialisation, qui est tout sauf « heureuse », comme cherche à nous convaincre la reptation de l’idole marchandise.

Une révolution de libération nationale

Le mouvement populaire, qui dés le départ, a emprunté nombre de ses éléments de langage et arrimé ses repères au mouvement national et à la révolution de Novembre 1954, semble indiquer une continuité ou plutôt une reprise du combat là où il s’est un moment arrêté. Avec l’objectif plus ou mois clairement affirmé de la libération nationale entière et non conditionnée.

C’est que d’instinct, les masses ont compris que sans une rupture avec le modèle capitaliste périphérique et de dépendance, il n’existe aucune chance pour voir le pays amorcer un quelconque développement économique et social. Ce dernier ne peut, par conséquent, s’accomplir que sur la base du contrôle national sur les ressources du pays, sur les facteurs de souveraineté comme la monnaie, les banques, les assurances, les infrastructures de base, les industries locales, l’éducation et l’enseignement ainsi que le secteur de la médecine.

Des conditions sine qua non pour remettre le pays sur de bonnes voies. Sur un autre plan, la géopolitique du « chaos constructeur » nous impose des alliances renforcées avec nos partenaires traditionnels et l’affermissement de nos positions anti-impérialistes et de bon voisinage. L’armée nationale populaire est plus que jamais sera sollicitée pour être la colonne vertébrale de ce renouveau national.

A.K.

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