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L’intelligence humaine en danger

Par Ahmed Halfaoui

Ancien cadre supérieur du secteur public, consultant free lance en études socio-économiques, chroniqueur de presse

Le racisme, le communautarisme, la xénophobie, ne sont que des exemples, entre tous, des canaux qui capterons la violence générée par l’exclusion, la mal-vie et par tous les effets de la dépossession des richesses sociales, au profit de la ploutocratie.

Les deux décennies qui viennent de s’écouler ont connu une accélération du phénomène, avec une aggravation des risques d’implosion généralisée de la majeure partie des pays. Non pas sous le coup de révolutions salvatrices, mais de délabrement des dernières résistances à l’instauration de pouvoirs dictatoriaux, portés par la détresse et le fol espoir d’échapper aux affres de la misère, devenue réalité menaçante.

Dans quelques années la perception du monde passera par les prismes du capitalisme. Là où il a planté ses bases conquérantes et s’est développé à l’infini, le rapport aux choses de la vie a déjà subi son empreinte. Une enquête, auprès d’enfants de 8 à 12 ans, livre des résultats sidérants. Elle a été réalisée, en 2013, par l’Association santé environnement France (ASEF). Aussi incroyable que cela puisse paraître à certains, il y a péril majeur en la demeure.

Nous apprenons que « près de 87% des enfants ignorent ce qu’est une betterave ». Les écoliers n’en ont jamais vue. S’occupant des mauvaises pratiques alimentaires, l’association ne relève pas l’atteinte contre le patrimoine culturel et ne se préoccupe pas de la destruction du capital cognitif des écoliers. Et la betterave n’est pas seule à ne pas figurer dans le champ des connaissances. Un tiers des enfants ne saurait reconnaître « un poireau, une courgette, une figue ou un artichaut ». Un quart d’entre eux ne sait pas que les frites sont des pommes de terre. Autour de 50% ignorent l’origine du steak haché. Peut-on mieux asservir les cerveaux à sa propre leçon de chose ?

Un désastre, qui ne manquera pas de se manifester, est en gestation. Dans quelques années le « marché » aura accompli son œuvre. Rien n’aura résisté à son pouvoir, surtout pas son principal ennemi, l’intelligence humaine. Il aura implanté son monde à lui, transformé selon sa propre économie et marchandisé à outrance. Il aura balayé les derniers obstacles à sa logique et planté son drapeau dans les crânes du plus grand nombre.

Car il a besoin de foules à la place de sociétés de femmes et d’hommes au libre choix. Il s’est attelé à formater tous les espaces et toutes les institutions, tous les lieux où son règne pouvait être contesté. Il n’a rien laissé au hasard. Il a tout acheté qui lui assure son pouvoir sur les esprits et tout détruit ou muselé de ce qui dérange son avancée. Il attisera les haines les plus viscérales pour canaliser les colères, dont il est lui-même responsable, mais qu’il parvient à diriger contre qui il veut, qui ne soit pas son propre système de pouvoir.

A.H

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