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Le complexe sidérurgique d’El Hadjar enfin libéré de la mafia?

Par Dehbia Ihadadden

Un important plan de redressement de l’industrie sidérurgique et métallurgique nationale semble se mettre en place avec les mesures décidées concernant le complexe d’El Hadjar. Ceci en attendant l’ouverture du dossier par la justice concernant le sulfureux homme d’affaire, député et dirigeant du FLN, dont on a levé récemment l’immunité parlementaire afin de permettre à la justice d’enquêter sur ses multiples affaires, du côté de Annaba notamment.

Les entreprises réalisant des projets à la commande de l’Etat devront à présent obligatoirement se fournir en métaux auprès de ce géant affaibli par la mauvaise gestion; de plus, des points de vente seront réhabilités dans les zones distributrices ou consommatrices.

Une première mesure des plus attendues et des plus basiques. Il y a cependant plus important : Une commission s’est mise en place pour étudier le dossier de la situation de l’entreprise et d’un éventuel prêt qu’accorderait la Banque Extérieure d’Algérie (BEA). Ladite commission est composée de représentants de divers ministères dont celui de l’industrie, des transports, de l’économie … mais aussi de l’intérieur et de la défense.
Ces mesures reflètent selon les représentants des travailleurs,  une réelle volonté politique de redresser la situation dans le secteur secondaire par une relance conséquente de la production métallurgique et sidérurgique, un secteur clé pour le développement industriel, et qui garde son fort potentiel de développement et de rentabilité malgré les diverses tentatives de sabotage qu’a subi par le passé le complexe d’El Hadjar.

Cette décision qui sonne comme une opération de nationalisation, vient rétablir la justice pour l’ancien PDG Messaoud Chettih, jeté en prison ainsi que sa DRH Mme Louadi qui a péri dans sa cellule d’un cancer, Mohamed Maiza (DAG), Benmihoub Directeur des finances. Le procureur de la république de l’époque, agissant sous injonctions des décideurs, a établi le mandat dépôt sur un dossier vide. Une véritable cabale est ainsi, enclenchée contre les cadres du complexe décapité et abandonné aux affres de la mafia politico-financière.

Soutenus par les 18000 travailleurs, ces cadres ont refusé de jouer le jeu. Ils avaient refusé la politique néolibérale de Ouyahia, qui a livré méthodiquement le secteur au  barrons du rond à béton, à l’instar du richissime homme d’affaire Isaad rabrab. Ce dernier est accusé d’ailleurs d’avoir importé du rond à béton irradié d’Ukraine. Jouissant d’une totale impunité on ignore jusqu’à présent l’ampleur des dégâts sur les algériens contaminés.

 Les grèves des travailleurs imposent la nécessaire restructuration économique

Ceci n’aurait sans doute pas été possible si les travailleurs du complexe n’avaient mené une mobilisation permanente des années durant, en défense de leurs acquis et du caractère public de l’entreprise renationalisée récemment après l’échec de la tentative de sa privatisation au profit du géant transnational ArcélorMittal, opération qui a présenté un bilan catastrophique.

Ce mouvement de mobilisation permanente a duré tout au long des mouvements de déstructuration, privatisation, restructuration ; témoignant de la volonté des travailleurs de préserver ce fleuron de l’économie nationale que représente el Hadjar contre les diverses offensives de ces dernières années. Ces mobilisations ont débouché, décembre 2018 sur la fermeture par des chaines du siège de la fédération syndicale  ainsi que sur la célébration, en janvier 2019 d’élections syndicales souhaitées par la base dans l’espace public par souci de transparence, et cela quelques semaines à peine après qu’une action similaire avait été menée à l’Assemblée Populaire Nationale par des députés dissidents.
Cette action de rue des travailleurs organisés, spectaculaire s’il en faut, a pu en inspirer plus d’un. En effet peu de temps après le début du mouvement du 22 février, et alors que la production est quasi à l’arrêt du fait de mystérieuses infiltrations d’eau dans les hauts fourneaux, des centaines de jeunes chômeurs et employés précaires de la commune de Sidi Ammar, quartier populaire adjacent au complexe sidérurgique, le prennent d’assaut, le bloquent et revendiquent le droit au travail.

Les employés du complexe soutiennent leurs revendications dans un contexte de grandes mobilisations à l’échelle nationale contre le 5ème mandat, la direction cède et annonce la création de 800 postes d’emploi afin de répondre à la contesta populaire.

Un énième sauvetage de l’usine menacée de mort par les attaques qui lui venaient de toutes parts et de tout temps. Effectivement, il y a bien longtemps qu’on a commencé à émettre des circulaires qui permettent de se fournir chez les importateurs plutôt qu’auprès de la production locale, accompagnées de nominations de directions et de responsables syndicaux payés pour laisser pourrir l’état de l’entreprise, voir en saboter sciemment le bon fonctionnement.

Pendant que les malheureux restes d’une gauche laminée par la guerre permanente et la compromission s’agitent, aux côtés d’ultra-libéraux perdus, contre de supposées dérives autoritaires, les travailleurs que cette même gauche devrait soutenir se placent à l’avant-garde des acquis à venir, et font la démonstration de leur meilleure capacité de compréhension et d’action politique.
Il suffit pour s’en persuader de considérer la nature et les résultats des luttes toutes récentes dont on a parlé plus haut.

Par ailleurs, il y a lieu de se questionner sur le rôle et l’action d’un personnage comme le député PT Smail Kouadria, délégué UGTA, propulsé à l’assemblée nationale après avoir bénéficié des voix du complexe sidérurgique.

On pourrait aussi rappeler l’ascension fulgurante et très contestée d’un personnage comme Menadi, illustre syndicaliste-affairiste affilié à l’UGTA d’El Hadjar,  et ex-président du club de football  de l’USM-Annaba.

Ceci en attendant l’ouverture du dossier par la justice concernant le sulfureux homme d’affaire, député et dirigeant du FLN, dont on a levé récemment l’immunité parlementaire afin de permettre à la justice d’enquêter sur ses multiples affaires, du côté de Annaba notamment.

En parallèle de la période où celui qu’on considérait il y a déjà bien longtemps comme le fleuron de l’industrie Algérienne se débattait pour survivre, on peut évoquer dans le même secteur d’activité l’implantation du grand projet de Bellara dans la wilaya de Djidjel ; et initié par le consortium Algero-qatari Algerian Qatari Steel (AQS) détenu à 46% par Sider, 5 % par le Fond National d’Investissement (FNI), et à 49% par Qatar Steel International ( QSI). Ce projet serait-il un concurrent direct d’El Hadjar, ou bien d’autres mesures stratégiques seront-elles prises pour équilibrer et optimiser l’existence des deux sites ? L’avenir nous dira sans doute, par les verdicts qui tomberont dans les salles d’audience, les grandes lignes de la politique économique que choisira l’Algérie, mais qui devra compter les alliances géopolitiques avec un petit pays qui s’est taillé sa place sur l’échiquier mondial.

Quoi qu’il en soit, les vraies batailles se poursuivent sur les terrains où se jouent les intérêts concrets. Des tensions significatives se sont produites au niveau de l’usine Tosyali située à Bethioua dans la wilaya d’Oran, qui fait dans l’acier plat, les ronds à béton et autres produits métallurgiques. La société est le fruit d’un partenariat entre les Entreprises Portuaires d’Arzew (APA) et la société privée turque de sidérurgie Tosyali. Un mouvement contestataire de grande ampleur a immobilisé la gigantesque usine pendant 45 jours, dont les revendications portaient sur l’amélioration des conditions de travail et de rémunération, ou encore contre le traitement discriminatoire des employés nationaux par une direction turque qualifiée d’esclavagiste par la quarantaine d’employés qui ont été licenciés pour « entrave à la reprise du travail », tandis qu’ils assurent avoir repris leur activité en même temps que tous les autres grévistes. Pour les autres, une augmentation de 15% des salaires a été obtenue, la remise et revalorisation des primes, le droit de constituer leur syndicat pour les quelques 4000 employés de l’entreprise, la « permanisation » de nombreux travailleurs restés de longues années sous le régime du CDD. Mais le conflit est profond et complexe, et il ne serait pas étonnant que de nouveaux sursauts contestataires viennent disputer à la raison du marché leur part d’influence et de contrôle.

Les autres champs du secteur industriel ne sont pas en reste de mouvements de protestations réfléchis et déterminés. Il faudrait beaucoup d’espace pour les énumérer toutes : l’ENGTP (plusieurs bases), l’ENAFOR, Bir el Ater, l’Enicab, la SNVI, Eniem etc … Mais tout cela traduit bel et bien un processus de fond de réappropriation par les Algériens de leurs richesses et leur volonté de faire redémarrer leur appareil productif, dans l’optique de se construire un avenir sur dans un pays fort.

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