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L’Algérie face au système

Par Ahmed KACI

Alors que demain vendredi, un appel à de nouvelles manifestations populaires, en particulier dans la capitale, est lancé sur les réseaux sociaux, d’aucuns redoutent la réaction des forces de l’ordre d’autant que ces dernières ont fait preuve, selon de nombreux témoignages, d’une attitude pour le moins ambiguë lors de la marche du vendredi passé en usant de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Et ce, en dépit des assurances de l’Armée qui, dans son dernier communiqué, a réitéré son engagement à protéger le peuple et les manifestants.

 
Et pour cause, durant la semaine, l’on a assisté à de nombreux dérapages avec l‘affaire des militantes humiliées au niveau du commissariat de Baraki, du viol des franchises universitaires à la faculté de droit de Said Hamdine, l’arrestation d’un étudiant, Boualem Rahrahi, à Mostaganem, etc. Cela renseigne sur le climat délétère qui prévaut au sein de la majorité des Algériens qui ne savent plus à quel saint se vouer.
 
Qui croire dans ces circonstances, le chef d’état-major, qui ne cesse de déclamer sa flamme pour le mouvement populaire et dont il s’engage ainsi que l’institution qu’il représente de satisfaire les revendications portées sur la place publique, ou le la police et le Porte-parole du gouvernement qui affirment qu’aucune « instruction n’est donnée aux services de sécurité pour réprimer les marches » ?
 
Sommes-nous devant une confusion, somme toute naturelle engendrée par la déroute infligée centres de pouvoir du système bouteflikien, ou à un processus de reprise en main de la situation par le système en place dans sa globalité et, de façon lapidaire, à une contre-révolution comme certains le croient ?
 
Les réponses à toutes ces questions ne peuvent faire abstraction de la résilience qu’opposent les diverses forces que l’on s’accorde à désigner d’anticonstitutionnelles ou de castes mafieuses qui charpentent un système vieux de vingt ans d’exercice de pouvoir pour ne retenir que la période de la présidence du président démissionnaire.
 
Il aura fallu plusieurs semaines de contestations pour voir Bouteflika démissionner et autant pour forcer Tayeb Belaiz à jeter le tablier, mais le gros de la troupe est toujours en place dans les différents centres névralgique de l’Etat. Le cas du secrétaire générale de la Centrale syndicale –une organisation de masse de contrôle des travailleurs- est symptomatique de cet état de fait. Malgré l’opposition de milliers de syndicalistes à son règne sur le syndicat UGTA, Abdelmadjid Sidi Said reste sourd et refuse d’entendre les appels exigeant sa démission. Qu’en-t-il alors de nombreux centres de décisions dans les ministères, la police nationale, la magistrature et les entreprises où des sortes de grands fieffeux estiment qu’ils sont dispensés des scrupules de la probité commune.
 
La désinvolture avec laquelle le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah qui, faisant fi des cris des Algériens l’appelant à partir, vient de lancer des consultations afin de trouver une fenêtre de tir dans la course au sauvetage du système en place est la preuve que les choses sont loin d’être aussi évidentes pour tout le monde quand à la signification du changement réclamé par le peuple depuis le 22 février.
 
C’est dire, en définitive, si l’Etat n’est pas ce bloc monolithique que le commun s’imagine souvent, mais beaucoup plus un champ stratégique d’affrontements entre groupes et factions de classes. Preuve si l’en est de cette cruelle réalité, le dernier communiqué du Commandement militaire désignant une des figure de l’Etat profond comme à la source des tentatives de perturbation de sa volonté de trouver une solution rapidement à la crise.
 
Sans une solide unité des rangs, une clarification des perspectives du mouvement populaire comme mouvement émancipateur en rupture avec l’ordre ancien et néanmoins toujours en place et sans une organisation démocratique de la base au sommet, le système avec ses cliques mafieuses et ses résidus risquent de réserver encore d’autres cauchemars à ceux qui souffrent le plus de leurs crimes et forfaits.
 
Car, même ébranlé, le système est en mesure, comme le sphinx, de renaître de ses cendres. Et quand bien même un château tombe, ses diverses pièces réservent souvent de mauvaises surprises.
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