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La politique africaine de l’Algérie et du Maroc

La générosité algérienne relève du surréalisme : car l’humanisme n’est pas contradictoire avec les affaires et encore moins avec la promotion des causes anticolonialistes, d’autant que la position algérienne sur le Sahara occidental ou la Palestine est noble. Si la Chine et les USA, les pays européens comme la Russie tentent eux aussi d’avoir leur part du marché et des richesses africaines, la lecture de la carte des visites de Mohamed VI nous indique que le roi semble avoir été inspiré par une boussole géopolitique : Israël. Ses visites semblent avoir suivi au pas les traces des envoyés spéciaux d’Israël en Afrique ou de les avoir précédés. Le roi était-il lui-même aussi l’envoyé spécial d’Israël ? En tout cas, il y a une concordance entre ses voyages et les pays ayant ou allant avoir des relations avec l’État sioniste.


Par. Ali El Hadj Tahar


La visite du ministre des affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger, M. Ramtane Lamamra en Mauritanie, en sa qualité d’envoyé spécial du Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, nous invite à nous pencher sur les relations algéro-africaines.

En effet, l’Afrique revient en force dans les préoccupations de la diplomatie algérienne depuis l’arrivée de M. Tebboune à la présidence de la République après plus de vingt ans, voire quarante de dos tourné à notre continent, puisque durant l’ère Chadli et surtout durant décennie noire, nos relations avec les pays étrangers étaient tournées vers le monde arabe et l’Occident et un peu la Russie, démantelée après la chute de l’URSS.

Lamamra ne cesse donc de sillonner l’Afrique et il n’est jamais trop tard pour le plus grand pays du continent, l’un des plus peuplés et dont le potentiel immense a besoin d’être adossé à un marché de proximité et de confiance, d’autant que la prochaine route de la soie fera d’Alger l’un de ses plus importants ronds-points, et que la question sahraouie devient de plus en plus préoccupante, il faut l’avouer.

Durant les vingt dernières années, nous avons tourné le dos à l’Afrique sur décision du président déchu qui est supposé savoir l’importance de ce continent puisqu’il avait été ministre des affaires étrangères avant cela, et dont le seul voyage dans le continent a eu lieu à l’occasion d’un sommet de l’Union africaine et dont les destinations de tous ses autres voyages étaient européennes. Nous le payons cher aujourd’hui car les relations se tissent, se renouvellent et se prouvent en permanence par des actes, des accords, des visites, des renforcements de liens par la coopération, la concertation et l’échange.

En géopolitique, les visites présidentielles jouent un rôle important car la diplomatie ne se suffit pas de la présence des ambassadeurs et des consuls, aussi dynamiques soient-ils. Le Maroc a compris cela. Et, du moment qu’il se considère comme une économie émergente, il a d’abord essayé de se trouver des marchés, et l’Afrique est la meilleure destination pour un produit africain. D’une pierre deux coups, en faisant la promotion de ses produits, il n’a pas manqué de passer son message au sujet du Sahara occidental. Il faut admettre qu’il a réussi à convaincre plus d’un président à sa fausse cause.

Depuis son accession au trône, en 1999, Mohammed VI a effectué une cinquantaine de visites dans plus de vingt-cinq pays africains, avec comme résultat la signature de plus d’un millier d’accords de partenariat. Le roi envoie même des imams dans les pays subsahariens afin, semble-t-il d’aider à contrecarrer le jihadisme. La vision de Mohamed VI est calquée sur celle de feu Maamar Kadhafi, qui ne cessait de sillonner l’Afrique et qui a gagné nombre de pays à sa cause.

Méthodiquement, par étapes, Mohamed VI a remplacé l’Algérie et la Libye de Kadhafi à la fois en tant que partenaire. Il est clair que la question du Sahara occidental soit le point central de la géopolitique du Maroc et de ses relations internationales, en plus des intérêts économiques engrangés. C’est la question sahraouie qui a guidé le roi vers l’Afrique, et l’appétit venant en mangeant, le besoin de s’offrir des marchés s’est imposé de lui-même. Même en Amérique latine, le Maroc a gagné des alliés où il a même réussi à faire retirer la reconnaissance de la RASD par certains pays.

Si Mohamed VI a profité, comme « Israël« , du retour au pouvoir de courants plus conservateurs en Amérique latine, l’arrivée de nouvelles équipes dirigeantes en Afrique lui a aussi facilité la tâche. « Il n’y a plus de chasses gardées en Afrique », a dit Mohamed VI lors d’une visite à Abidjan : il affirme donc clairement qu’il chasse dans l’arrière-cour française et espère donner aux chefs d’entreprises marocaines un marché de 250 millions de consommateurs, dans divers secteurs, allant du transport aux télécommunications, des banques aux mines, en passant par le bâtiment… D’un point de vue institutionnel, la stratégie du Maroc a été accompagnée par son retour au sein de l’Union africaine au début de l’année 2017, dont il en était sorti en 1984. Non satisfait de la carte UE, il a demandé une adhésion à la CEDEAO, pour gagner sur les deux plans, économique et diplomatique.

Alors que le Maroc était carrément en état de mort clinique sur la question sahraouie, il a réussi en deux décennies à renforcer ses positions dans beaucoup de pays qui étaient proches de l’Algérie et de la thèse onusienne. La stratégie du Maroc est toute simple et ne nécessite qu’un peu d’argent. Le don d’une petite ferme agricole par-ci, de quelques vaches ou des semences par-là, le creusement d’un puits ou l’octroi de quelques bourses d’études à des étudiants africains dans les universités du Makhzen, et le tour est joué… Progressivement, il a ouvert la voie aux hommes d’affaires.

Aujourd’hui, le Maroc est devenu le premier investisseur africain sur le continent devant l’Afrique du sud. L’Algérie efface des dettes pour des milliards de dollars et ne récolte rien car elle ne fait pas de suivi. D’ailleurs, un président en fauteuil roulant qui ne savait même pas ce qui se passait dans son pays pouvait-il sérieusement s’occuper de politique étrangère ?

En effet, l’Algérie a procédé durant la période de 2010-2014 à l’annulation de dettes d’un montant global de 1,4 milliard de dollars. Ces dettes concernent quatorze (14) pays africains pour un montant de 902 millions de dollars et deux pays arabes pour un montant de 504 millions de dollars. L’Algérie détient aussi d’autres créances sur certains pays qui n’ont pas fait l’objet d’annulation, mais font l’objet d’accords pour des échéances de remboursement.


La générosité algérienne relève du surréalisme : car l’humanisme n’est pas contradictoire avec les affaires et encore moins avec la promotion des causes anticolonialistes, d’autant que la position algérienne sur le Sahara occidental ou la Palestine est noble. Si la Chine et les USA, les pays européens comme la Russie tentent eux aussi d’avoir leur part du marché et des richesses africaines, la lecture de la carte des visites de Mohamed VI nous indique que le roi semble avoir été inspiré par une boussole géopolitique : Israël. Ses visites semblent avoir suivi au pas les traces des envoyés spéciaux d’Israël en Afrique ou de les avoir précédés. Le roi était-il lui-même aussi l’envoyé spécial d’Israël ? En tout cas, il y a une concordance entre ses voyages et les pays ayant ou allant avoir des relations avec l’État sioniste.

Les pays visités par le roi ont établi depuis longtemps ou rétabli depuis peu des relations avec Israël. Il s’agit du Rwanda, du Sénégal, du Tchad, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de la Guinée équatoriale, du Nigéria, de l’Éthiopie, de la Tanzanie, de la Zambie, du Gabon, du Cameroun, du Ghana, du Kenya, de Madagascar.

Si la question palestinienne autant que la question du Sahara occidental ne sont plus des constantes au sein de l’Afrique comme du monde arabe, c’est qu’elles ne sont désormais qu’une variable d’humeur, pour ne pas dire secondaire, à l’heure où la realpolitik met les sentiments, les principes et la morale de côté. L’absence de l’Algérie de l’Afrique durant des décennies lui a coûté cher. Il faut faire des bouchées doubles en ces temps difficiles pour restaurer la suprématie algérienne.

A.E.T.

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