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Crise politique algérienne: Une course contre la montre

Par Azzeddine Bensouiah 

Journaliste -Grand Reporter

Le temps commence à peser, sans qu’une issue consensuelle ne soit entrevue pour l’impasse algérienne. Oui, l’Algérie se trouve dans une impasse politique inédite. Tous les protagonistes sont d’accord quant à la nécessité d’aller vers un dialogue inclusif qui aboutirait, in fine, à tourner la page du système tant décrié.

Cependant, les uns et les autres divergent sur les modalités de ce dialogue et surtout les prérogatives des facilitateurs.

Si, d’emblée, l’homme fort du moment, le vice-ministre de la défense, a opposé une fin de non-recevoir à l’idée d’une constituante, de même s’agissant d’une période de transition, il n’en demeure pas moins que le pays est, de fait, dans une période de transition dont la période pourrait aller au-delà de tous les calculs.

Le président intérimaire, maintenu, au-delà des limites légales, par une décision constitutionnelle inouïe, se trouve à user de prérogatives qui ne sont pas les siennes, même si tout le monde sait que le vrai décideur se trouve aux Tagarins et qu’El Mouradia n’est qu’une vitrine.

Alors que le stratégie du pouvoir consistait à miser sur l’épuisement du mouvement de protestation, son infiltration, mais aussi la diffusion de fausses informations, les arrestations spectaculaires de quelques figures de l’ancien système, il reste que tout cela ne constitue aucunement une raison pour faire plier les marcheurs, ni de les convaincre de renoncer à leur seul mode d’expression.

Toutes les tentatives de diversion ont été vouées à l’échec. C’est que la détermination du peuple est telle que rien, absolument rien au monde, ne pourrait leur faire admettre de «composer» encore une fois, avec les figures de l’ancien système. L’aversion envers tout ce qui symbolise le régime de Bouteflika n’a d’égal que la détermination du peuple à prendre en charge son destin.

L’Algérie se trouve à la croisée des chemins et les marcheurs savent, pertinemment qu’il ne doivent, en aucun cas, s’arrêter avant l’aboutissement de leurs principales revendications.

Les  timides initiatives du pouvoir intérimaire, en vue d’organiser, coûte que coûte, une élection présidentielle, ont été un fiasco total. Le processus lancé récemment, à travers la commission de dialogue de Karim Younes, ne devrait pas déroger à la règle, dans la mesure où ceux qui ont fait partie du problème ne peuvent être une partie de la solution. Autrement dit: ce système est irréformable de l’intérieur, comme tentent de le faire croire les gardiens du temple.

Evidemment, le patron de l’armée aimerait bien se débarrasser de la patate chaude, en organisant au plus vite une élection présidentielle. Mais, tout le monde sait que la composante actuelle du champ politique est loin, trop loin, des aspirations populaires. La crise de confiance est telle que personne, absolument personne, ne peut, présentement, affirmer représenter la voix du peuple.

Et c’est justement là où le bat blesse: après six mois de contestations pacifiques, la rue n’a pas désigné de représentants et personne ne s’aventure à aller capter les soutiens de la rue. On reste dans le schéma traditionnel, avec des partis complices de tous les pouvoirs successifs et qui s’échangent des accusations, tentent de justifier leur existence et la nécessité qu’ils fassent partie du processus de règlement futur. C’est le cas, notamment du FLN et du RND, qui s’accrochent, ou encore des partis dits de l’opposition qui se positionnent tout en se tirant dans les pattes.

En fait, si élection il y aura, ce sera encore et toujours, avec le même personnel politique, et ça, la rue n’en veut pas. Que faire alors? «Le parti de la rue» n’a pas encore vu le jour et si quelqu’un, ou quelques uns, réussiraient le pari de le créer, ce serait la plus grande victoire des marcheurs.

En attendant, il serait urgent d’attendre, dans le cas algérien. Car une élection précipitée, dans un climat où les emprisonnements se succèdent sans que des procès équitables ne se tiennent, n’inspire pas vraiment confiance et sérénité.

La campagne d’arrestations a des relents de règlements de comptes , alors que des militants, de tous bords continuent à être emprisonnés, pour des raisons invraisemblables, jetant un sérieux doute sur les intentions des décideurs du moment.

La tentative de passage en force, à travers une commission de dialogue qui ne fait pas l’unanimité, n’augure rien de bon, dans la mesure où l’organisation d’une élection présidentielle, dans de telles conditions, s’avère n’être qu’une énième supercherie consistant à «désigner» un président pour clore le chapitre de la protestation.

La course contre la montre est engagée: les décideurs voudraient voir le dialogue aboutir à une présidentielle au plus vite, sachant que la rentrée sociale est pour bientôt, alors que la rue insiste sur le départ de toutes les composantes de l’ancien système et sait que le temps finira par lui donner raison et que la rentrée sociale sera, au contraire, un allié de taille puisqu’elle constituera un second souffle pour la contestation pacifique.

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