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Roman: « Le Frankenstein de Baghdad », investi le monde germain

Traduit et adapté de l’allemand Par Ahmed Zakaria 

La Mythique Bagdad, cité millénaire traîne tout en bas du classement de 230 villes du monde. Nulle part ailleurs dans le monde, la vie n’est aussi insoutenable que dans la cité d’Haroun Errachid, Sherazad ou d’Ali Baba.   Ahmed Sâadawi la raconte comme elle n’a jamais été contée.  « Frankenstein à Bagdad » est une variation rafraîchissante et peu pathétique du classique roman de Mary Shelley, vieux de 200 ans. Dans le Bagdad de Saadawi, aucun scientifique dans un laboratoire à domicile qui crée le monstre échappant à tout contrôle, mais un ivrogne chiffonnier de métier, noyé dans sa crasseuse petite chambre, quelque part dans la ville. Le roman traduit en en onze langues réalise une percée sans précédant dans la scène littéraire germanique.

 

 Depuis des décennies les malheurs de la capitale irakienne dansent sur les rythmes mortifères de l’occupation, la guerre et la terreur. Jusqu’à 16 bombes y explosent quotidiennement. Économie, culture, tout a été dévasté.  C’est dans cette apnée terrifiante que l’auteur irakien Ahmed Saadawi, détecte des bulles d’air qui abritent l’humour noir. «Le pire des malheurs, est celui qui finira par faire rire» dit le dicton arabe; n’est-ce pas le premier pas vers la fin du cauchemar ?

Son roman « Frankenstein à Bagdad » est une variation rafraîchissante et peu pathétique du classique roman de Mary Shelley, vieux de 200 ans. Dans le Bagdad de Saadawi en 2006, aucun scientifique dans un laboratoire à domicile qui crée le monstre qui échappe au de contrôle, mais un junkie chiffonnier, noyé dans sa crasseuse petite chambre, quelque part dans la ville.

Contrairement à Victor Frankenstein, le brocanteur Hadi ne veut pas découvrir le secret de la vie mais enterrer un mort. Son meilleur ami a été déchiqueté lors d’un attentat. Hadi tente de reconstituer donc, la dépouille à partir des nombreuses parties du corps gisant dans les rues de Bagdad. Son seul souci était d’en faire un corps qui peut encore être enterré. Hadi ne pouvait s’attendre à la fin de ce macabre patchwork si bien mené, qu’ à la dernière pièce du puzzle, le nez, l’âme viendrait y chercher refuge.

 

Le désormais mort-vivant se lève et commence à mettre ses mains fortes autour de son cou: d’abord, il venge les victimes, dont il compose les fragments. Mais bientôt il se tue pour  pouvoir vivre seul. Les membres pourris du monstre doivent être régulièrement remplacés par des membres frais; La violence donne toujours naissance à de nouvelles violences.

Hadi raconte l’histoire aux clients du café Aziz Al-Masry. Il devient la risée des habitués du café qui trouvaient l’histoire passionnante et drôle mais imbibée de délires d’ivrogne. Le brigadier Sorour Majeed, directeur de la Follow-up and Commentary Authority, voit le contraire, car il est secrètement chargé de poursuivre ce mystérieux criminel. Le destin des nombreux personnages mêlent  lors de la poursuite passionnante dans les rues de Bagdad et de ses quartiers, des transformations décisives ont lieu, et tout le monde constate qu’ils forment, dans une certaine mesure, cet être Frankenstein, ou lui fournissent les raisons de la survie et de la croissance, conduisant à des fins soudaines que personne ne s’attendait.

psychodrame collectif qui révèle la vie et la mort dans la ville plurimillénaire

Comme ce monstre, le roman imbriqué est composé de plusieurs parties. Une foule colorée de gens qui tournent en rond : parmi eux, Christin Elishwa, qui parle à une photo de Saint-Georges et attend son fils, décédé dans la guerre Iran-Irak, depuis 20 ans. Qu’est-ce qui nourrit cette ferme conviction qui prend Christin, pour qu’elle pense revoir Daniel dans le monstre ? Enfin, il faudrait au moins, vivre dans le roman ou pourquoi pas, dans l’horreur de la guerre pour comprendre.

Il y a également Machmud Sawadi, un journaliste ambitieux et obéissant, mais amoureux de la petite amie de son patron. Les scènes du «Bureau d’observation et d’évaluation» offrent un plaisir particulier – là, un brigadier n’a trouvé d’autres moyens pour mettre la main sur les criminels, qu’en faisant appel aux voyants.

 

Ahmed Saadawi mélange des éléments de l’horreur réelle et fictive. La force de ses mots crée avec une touche originale des carrefours où se croisent fantaisie, études sociales et allusions intertextuelles. Même les plus cruelles des scènes sont racontées sur un ton léger, mais sans rompre avec le sérieux et surtout sans trahir la souffrance du peuple.

 

Vers la fin du roman, des doutes surgissent quant à savoir si le monstre est réel ou imaginaire. Cela convient à une région où aucune fiction ne peut surpasser la véritable horreur.Pour cette fiction sur les conditions monstrueuses dans sa patrie, Ahmed Saadawi a reçu le Prix international de la fiction arabe 2014. Immédiatement, « Frankenstein à Bagdad » a été traduit en plusieurs langues, désormais également en allemand par l’orientaliste bernois Hartmut Fähndrich. Juste à temps, il est apparu à un moment où le monde se tourne à nouveau vers Bagdad, où des milliers de personnes protestent contre les maux sociaux et la corruption, et où de nombreux manifestants ont été tués. Si un jour leurs préoccupations devaient être attendues, l’espoir que le monstre se calme pourrait renaître.

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