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Nouredine Bouderba: Non au congrès préfabriqué contre la volonté des travailleurs

Il est Ingénieur de formation, PGS en management général des entreprises et Ancien dirigeant syndical à l’UGTA. Nouredine BOUDERBA, militant politique, est aussi Consultant en relations du travail depuis 2000, évoque dans cet entretien, qu’il a bien voulu nous accorder, le ras-le-bol des travailleurs et surtout leur volonté de se réapproprier l’UGTA en réclamant le départ non seulement de son patron Sidi Said mais aussi de tout le secrétariat national. Il revient également  sur l’importance de  maintenir et d’élargir la mobilisation des travailleuses et des travailleurs pour s’immuniser contre toute velléité de récupération  de ce mouvement par ce qu’il appelle « la contre révolution ». Pour notre interlocuteur, des défis majeurs se posent au mouvement de redressement de l’UGTA. Pour lui, « Cela passe par l’empêchement du congrès- mascarade du 21 juin ou l’annulation de ses effets au cas ou le secrétariat national, rejeté par les travailleurs et soutenu par certains cercles du pouvoir arrive à l’organiser ». Enfin, M. Bouderba revient sur le lourd dossier des œuvres sociales qui selon lui doit être ouvert : «Les œuvres sociales à elles seules représentent quelque chose comme 160 milliards de DA comme budget potentiel annuel. Mais environ 100 milliards de DA échappent aux travailleurs car non versés par les employeurs et les entrepreneurs et ce en en violation de la loi ».

Interview réalisée par notre correspondante à Alger Sahra Achour

– Maghrebfacts : Les travailleurs disent “Non au congrès préfabriqué” de l’UGTA et continuent d’exiger le départ de son secrétaire général Abdelmadjid Sidi Said. Pouvez-vous nous rappelez les raisons?

Nouredine Bouderba : Les travailleurs ne demandent pas le départ du secrétaire général seulement mais de tout le secrétariat national et de tous ceux qui les soutiennent. Ils disent non au congrès préfabriqué, programmé non seulement en violation des statuts de l’UGTA mais aussi contre la volonté des travailleurs qui dénoncent cette mascarade. La raison ? Les travailleurs prennent de plus en plus conscience que sans leur implication dans la vie politique et sociale leur sort continuera à régresser. La régression de leur pouvoir d’achat, la généralisation de la précarité de l’emploi et des salaires, la remise en cause graduelle de leurs droits en matière de sécurité sociale, de retraite, d’accès aux soins, d’éducation de leurs enfants sont pour beaucoup dans cette prise de conscience de classe qui malgré ses insuffisances est néanmoins réelle leur font sentir la nécessité de s’organiser et de forger leurs instruments de lutte c’est à dire les syndicats. A coté des syndicats autonomes qui sont de plus en plus en train de s’affirmer et parachever l’étape de leur reconnaissance en tant que partenaires sociaux à part entière avant de prendre l’essor souhaité, l’UGTA peut, sous certaines conditions, jouer un rôle très important dans cette étape charnière pour le pays et pour les travailleurs.

Seulement il se trouve que cette organisation a tourné le dos aux travailleurs depuis plus de 20 ans en se mettant au service du pouvoir et de l’oligarchie. C’est dans ce cadre, et à la lumière du soulèvement pacifique du peuple algérien, qu’a pris naissance un mouvement portant l’aspiration des travailleurs à la réappropriation de l’UGTA pour en faire ce qu’elle aurait dû être depuis toujours, c’est-à-dire un syndicat qui défend leur intérêts matériels et moraux, indépendant du pouvoir, du patronat et des partis politiques. C’est par rapport à ça que les travailleurs disent à la direction actuelle : tu as failli, et de ce fait tes membres et leurs soutiens sont disqualifiés pour préparer le congrès. Le mouvement de réappropriation se donne comme ambition d’empêcher ce congrès mascarade ou le cas échéant d’annuler ses effets si jamais il se tient. Comme alternative ils se donnent pour objectif d’organiser avant la fin de l’année un congrès extraordinaire auquel ne participeront que les délégués dument mandatés par les travailleurs et la base syndicale.

Dans ce cadre les travailleurs demandent aux cercles du pouvoir qui continuent à soutenir cette direction disqualifiée d’ôter la main de l’organisation et de laisser les travailleurs seuls, et en toute démocratie, décider de l’avenir de l’UGTA.

-Pour cela des rassemblements sont régulièrement organisés par le mouvement de redressement de l’UGTA, dont vous êtes un membre actif, avec la participation de plusieurs centaines de travailleurs, de syndicalistes et d’anciens cadres syndicaux. Quel est l’impact de ces mobilisations à ce jour?

– Depuis le début mars 2019, plusieurs sections syndicales, unions et fédérations ont organisé plusieurs manifestations rassemblant des milliers de travailleurs et de syndicalistes largement couvertes par la presse. Une pétition nationale « un million de signatures pour la réappropriation de l’UGTA par les travailleurs » a été lancée et a déjà recueilli des dizaines de milliers de signatures. L’impact principal est que ce mouvement a clairement fait sentir aux travailleuses et aux travailleurs qu’une autre UGTA, représentative et revendicative, est possible à la condition qu’ils se mobilisent pour se doter de représentants porteurs de leurs aspirations. Je pense que rien n’arrêtera ce mouvement porté vers l’avenir alors que les caciques et les bureaucrates de l’organisation représentent le passé rejeté par les travailleurs et le peuple.

– Selon vous se réapproprier l’UGTA, ne peut se faire sans l’implication de tous les travailleurs quel est votre message à ces derniers ?

– Justement la seule garantie d’aboutissement de ce formidable mouvement est représentée par la mobilisation consciente des travailleuses et des travailleurs que rien ne peut remplacer. Ni une décision des autorités de ne pas accorder l’autorisation du congrès mascarade du 20 juin ni une éventuelle décision de justice invalidant les décisions anti statutaires de la réunion, non moins statutaire, de la commission exécutive de l’UGTA tenue à Oran ne peuvent remplacer l’implication pleine et entière des travailleurs. Ces derniers doivent être les premiers et les derniers à décider de tout ce qui touche à la refondation et à la vie organique de l’UGTA. Sinon on aura un remake du passé avec un « changement dans la continuité » et une organisation qui continuera à être parrainée par le système et les forces de l’argent et à défendre leur cause.

– Le mouvement de redressement de l’UGTA est actuellement confronté à des défis majeurs lesquels?

– Je pense que le mouvement de réappropriation de l’UGTA par les travailleurs est confronté à deux défis majeurs. 1. Obtenir le départ de la direction nationale et de tous, c’est important, ceux qui tapissent dans les instances, ont toujours été leurs complices. Cela passe par l’empêchement du congrès mascarade du 21 juin ou de l’annulation de ses effets au cas ou le secrétariat national, rejeté par les travailleurs et soutenu par certains cercles du pouvoir arrive à l’organiser. Il faut maintenir et élargir la mobilisation des travailleuses et des travailleurs en les impliquant,  complètement et en toute transparence dans cette dynamique pour y puiser  l’énergie et la force nécessaires à ce mouvement et pour s’immuniser contre toute velléité de récupération  de ce mouvement par ce qu’on peut appeler « la contre révolution » constituée par d’anciens apparatchiks de l’UGTA éjectés à un instant ou à un autre dans les luttes d’appareils qui caractérisent cette organisation. C’est pourquoi je dis que l’UGTA est appelée à se réconcilier avec les travailleurs et le syndicalisme ou disparaitre. Seule l’implication et la mobilisation de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs peuvent lui faire relever ces défis.

– Dans votre contribution publiée récemment sur la presse intitulée « Gestion des œuvres sociales : l’autre transition dont personne ne parle » vous évoquez entres autres la mauvaise gestion et les dépassements, pourriez-vous nous en dire un peu plus?

– Les œuvres sociales, les mutuelles, la protection sociale, la retraite font partie de ce que certains appellent l’économie solidaire.  Ce sont autant de domaines financés par des compléments de salaires socialisés et différés qui jouent un rôle très important dans le développement du pouvoir d’achat des travailleurs et dans la défense des acquis dans ce domaine.  De plus , ces dispositifs modernes qui,  grâce à leur fonction redistributive,  contribuent aux luttes contre la pauvreté et les inégalités sont aujourd’hui attaqués par les forces de l’argent qui veulent capter une bonne partie des centaines de milliards de DA du budget de ces dispositifs financés par les travailleurs il faut le rappeler.

Les œuvres sociales à elles seules représentent quelque chose comme 160 milliards de DA comme budget potentiel annuel. Mais environ 100 milliards de DA échappent aux travailleurs car non versés par les employeurs et les entrepreneurs et ce en en violation de la loi. Pour les 60 milliards de DA qui sont versés dans les fonds de œuvres sociales des organismes employeurs, à hauteur 66 %, au FNPOS et au fond de la retraite anticipée géré par la CNR, à hauteur de 17 % pour chacun, les actions développées sont souvent dévoyés de leurs objectifs et mal gérés donnant lieu parfois à leur dilapidation ou à des dépenses qui n’ont aucun caractère d’œuvres sociale.  Cette gestion est caractérisée par un manque flagrant de transparence, d’équité et surtout de contrôle. Cette situation est due à une insuffisance du dispositif juridique actuel mais aussi à une mauvaise application de la loi par manque de volonté politique des pouvoirs publics. C’est pourquoi je dis que la transition politique dont tout le monde parle n’aura aucun sens si sa finalité n’est pas d’aboutir à une amélioration du quotidien des travailleurs.

S.A

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