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Les identités ambiguës et si la France était en guerre contre elle-même?

Identité nationale

Immigration et racines

La visibilité de l’immigration algérienne et nord-africaine n’est pas chose nouvelle en France, elle date bien de plusieurs dizaines d’années, mais ces derniers temps, elle semble déranger au plus haut point.

Cette attitude était, au départ, l’apanage de l’extrême droite fascisante qui en faisait son tremplin électoral en agrégeant les mécontents et les exclus de la société autour du projet d’expulser les étrangers, particulièrement les nord-africains, accusés de profiter de la richesse nationale.

La constitution de ghettos par un processus insidieux de «fuite» des Français dits de souche des quartiers à trop forte présence immigrée, la marginalisation sociale et économique d’une grande proportion de la jeunesse de ces quartiers, née en France, vont créer un face-à-face avec l’Etat, où la violence des rapports devient souvent la règle.

Cette jeunesse en mal de repères va soit en inventer (codes, territoires, langages…), soit s’approprier l’héritage culturel des parents. Exclue, elle se démarque et s’affirme en imposant sa différence.

Le regain de religiosité, qui ne touche pas particulièrement les individus d’origine musulmane, est plus apparent lorsqu’il s’agit d’une religion qui n’a pas d’ancrage traditionnel dans le pays.

Les attentats islamistes vont conforter la méfiance ou la crainte de ce nouveau prosélytisme, qui tranche nettement avec le comportement timoré des premières générations de musulmans.

Dans l’analyse du phénomène, il n’est jamais fait mention du fait que les jeunes des nouvelles générations sont des Français jaloux de leurs droits et éduqués dans le respect des libertés de penser et de s’exprimer. Les rares dépassements sont amplifiés par les médias et attribués à l’ensemble de la communauté.

Alors que, parallèlement, le pouvoir encourage le culte en soutenant la création d’une représentation des musulmans de France.

Le Front National et l’extrême droite en général font alors de l’identité le fondement de leur programme électoral. La France serait ébranlée dans ses fondements. La société est gangrenée par des us et coutumes qui insulteraient le socle culturel de la nation. Le «jeune issu de l’immigration» est stigmatisé et sa situation s’aggrave. Trouver un travail ou un logement relève de l’exploit.

On commence à parler de problème d’intégration et on propose la «ségrégation positive», c’est-à-dire un traitement de faveur qui compenserait les difficultés attribuées à l’origine sociale.

Avec son arrivée au pouvoir, Sarkozy va mettre la question au centre de la politique par la création d’un ministère chargé de l’Identité nationale et depuis quelques semaines, elle fait l’objet d’un débat national.

Ce débat est intéressant à plus d’un titre. Il met, d’emblée, en question les notions d’identité et de nation.

Ce sont des peuples entiers que le rejet social et le confinement spatial ont structurés, refermés sur eux-mêmes et poussés à récupérer leurs racines pour exister.

L’identité, ils en avaient une à travers leurs noms, la culture de leur mère et de leur père et les contes de leur grand-mère. Celle de la France leur est refusée par le déni de reconnaissance. Ils l’ont apprise et assimilée à l’école et ont y ont cru, en vain.

De Gaulle disait : «On peut intégrer des individus ; et encore, dans une certaine mesure seulement. On n’intègre pas des peuples, avec leur passé, leurs traditions, leurs souvenirs communs de batailles gagnées ou perdues, leurs héros.». Il résume à la perfection les non-dits des initiateurs de la polémique. Et l’actualité lui donne raison.

L’aventure de l’équipe nationale algérienne de football a mis en évidence, plus que les sifflets du Stade de France, plus que le mouton de l’Aïd, plus que le voile, la complexité de la personnalité de la communauté originaire d’Algérie. On n’exclut pas impunément. Des joueurs français jusque-là, qui jouent pour une autre nation, ont donné le ton.

Puis vinrent les manifestations de masse, drapeau algérien au vent. Le même jour et à une heure près, la qualification de l’équipe française a la coupe du monde passe presque inaperçue. L’Algérie plus que la France dans le cœur des manifestants ? Le pas est vite franchi par les partisans de la stigmatisation.

Les manifestations en Algérie et l’engouement patriotique sans pareil démontré par la population algérienne renforcent le sentiment de frustration des «nationalistes» français. La France serait en danger, sans personne pour la défendre.

Le sentiment national se perdrait et pire, au moment où l’ennemi est à l’intérieur des murs. Même Zidane ne cache plus sa «préférence nationale» et d’autres avec lui qui, aux noms bien français, cherchent à rejoindre les Verts.

«À Rome, il faut faire comme les romains. En France, on doit bénéficier des avantages des français mais on doit aussi faire «comme en France»! Et notamment éduquer ses enfants à la française, dans le respect de la mixité, des lois et des symboles de la France.» C’est ce que l’on peut entendre et de plus en plus fort. En plus, cela est exprimé ainsi : «Quand vous émigrez aux Etats-Unis… vous faites comme les américains, vous bossez et si vous n’y arrivez pas ou vous partez (et personne ne vous regrettera) ou vous survivez…»

Le problème est que la solution n’est pas aussi évidente qu’on la présente. Il ne s’agit pas d’une minorité peu nombreuse et la France n’est pas l’Allemagne nazie et le serait- elle, l’histoire ne se déroule jamais avec cette simplicité et le front de résistance qui se constitue, autant des «immigrés intégrés» que de «Français de souche» est assez large pour cela. Surtout qu’il est aisé de remarquer que l’économie n’est pas loin et qu’elle se profile derrière les clameurs.

La crise menaçante a fait faire à Sarkozy un discours-programme où il mettait clairement en garde contre les remises en cause du système. En s’exprimant, il savait qu’il serait difficile de faire accepter les mesures de sauvetage des banques et du système financier sans provoquer des dégâts au sein de la société, et pas uniquement chez les plus vulnérables.

Dans le même temps, il se trouve justement qu’une bonne partie des victimes actuelles et des victimes futures sont en priorités les minorités visibles. Le Hongrois de souche n’aurait pas risqué de mettre l’identité en délibéré s’il ne savait pas, par avance, que les objectifs sont ailleurs que dans la perspective de résoudre l’équation de toute la population française, faite de strates successives et imbriquées et brassées par le cours de l’histoire. Il savait aussi que l’on ne peut pas réprimer les appartenances culturelles et/ou religieuses par de simples vœux ou par des décrets administratifs. Il savait que les liens nationaux peuvent subsister au-delà de deux ou trois générations.

On assiste en fait à une grosse manipulation de l’opinion qui prépare, non pas les joutes électorales à venir, mais la gestion d’une crise sociale très probable et sans précédent. Le rêve est que l’extrême droite sera affaiblie, puisque son terrain sera en partie occupé, la gauche verra ce qui reste de sa base déchirée et les «minorités issues de l’immigration» seront sur leurs gardes, coupées du reste des Français et préoccupées de leur sort dans un pays dont elles ne sont pas entièrement rassurées qu’il est le leur. A voir…

Ahmed Halfaoui

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