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Le Dollar l’ultime zone de choc… même Ben Salmane fait de la Résistance

En 1971, les Etats-Unis avaient mis fin à la convertibilité du dollar pour être en mesure de compenser leur déficit par la création monétaire sans être exposés à devoir rembourser leurs créanciers en or. Les paroles du secrétaire au Trésor, John Connelly à cette occasion, retentissent encore dans l’esprit des dirigeant soucieux de préserver la souveraineté économique nationale : « Le dollar est notre monnaie ; il devient à partir d’aujourd’hui votre problème ». A présent le volume des transactions quotidiennes en dollars au niveau international, dépasse les 6 000 milliards par jour.
MF

Par | Ahmed Zakarya


Pour comprendre comment le dollars a pu asseoir sa prédominance sur l’économie mondiale, et consubstantialité aux crises et au guerres il faudrait remonter le temps jusqu’au siècle dernier. Le système de Bretton Woods a été mis en place pour définir, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les contours d’une nouvelle architecture financière internationale. Fondé sur des accords signés dès 1944 par 44 gouvernements, il organise le système monétaire mondial autour du dollar américain, seule monnaie à être désormais convertible en or. On parle de Gold Exchange Standard, une once d’or fin correspondant à 35 dollars.

A présent le volume des transactions quotidiennes en dollars au niveau international, dépasse les 6 000 milliards par jour. Dès les années 70 le dollar règne en maître absolu par la dissociation de sa valeur par rapport à celle de l’or. Dans la même période, le prix du pétrole a été indexé sur le billet vert. Ce qui fait que les pays producteurs n’auront le contrôle ni sur les prix, ni sur la valeur du dollar qui dépend de l’humeur des bourses et les institutions de spéculations financières américaines.

Manifestement, russes et chinois tentent de prendre de l’avance. Depuis plusieurs années les deux pays ont mis en œuvre une nouvelle stratégie – abandonner le dollar américain dans les échanges avec leurs partenaires. Cette initiative vient d’être adoptée ce Vendredi, par l’Union économique eurasiatique donnant le coup d’envoi du nouveau mécanisme d’un système monétaire et financier international indépendant qui sera lié à d’autre regroupements économiques d’Asie. Le regroupement de UEE est composée de la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizstan, de la Biélorussie et de l’Arménie. Elle établit des accords de libre-échange avec d’autres pays eurasiens et s’interconnecte avec l’Initiative chinoise Ceinture et Route (BRI).

Vladimir Poutine Le président-biélorusse Alexandre Loukachenko et l’ancien président Kazakhstan chef du Conseil sécurité Kazakh Nursultan Nazarbayev

Cependant, la Banque centrale russe réduit constamment la part du dollar américain dans ses réserves. En avril 2018, à la suite de l’annonce par les États-Unis de nouvelles sanctions antirusses, un processus de renoncement accéléré aux obligations d’État américaines a commencé dans les réserves. À l’époque, les investissements russes avec cet instrument ont été divisés par deux, passant de 96,1 milliards de dollars à 48,7 milliards de dollars, et en mai par trois, à 14,9 milliards de dollars. À titre de comparaison, à l’apogée de cet indicateur en février 2013 (Crise de la Crimée), les investissements russes en titres américains atteignaient 164,3 milliards de dollars.

Certains experts n’hésitent pas à qualifier ce qui se dessine, depuis l’annonce des sanctions contre la Russie, comme une étape délicate vers l’ultime bataille avec l’ordre néolibéral dominé par le sacro-saint Dollar. Le dragon chinois et l’ours russe semblent avoir un meilleur allié. Une crise majeure qui pourrait être handicapante pour le système capitaliste, frappé par la saturation des marchés pour le dollar et la baisse tendancielle des taux de profils. Deux facteurs qui empêcheraient sa régénération.

A peine un mois après le début des opérations militaires russes en Ukraine, ce conflit ne cesse de révéler avec une hâte inédite ses effets, donnant un aperçu sur le monde d’après. Selon Deutsche Wirtschafts Nachrichten, la Chine a amorcé une accélération notable du processus de dédollarisation en encourageant les pays de la région asiatique à abandonner progressivement la monnaie américaine dans les échanges au profit des monnaies nationales comme le rouble russe, mais surtout le Yuan chinois. La débandade vers une nouvelle monnaie de réserve touche d’autres, pays même des plus improbables, tels l’Arabie Saoudite, les Emirats, le Venezuela et timidement le Qatar. Cela sans compter les pays des pays du Brics, notamment le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud.  

Le recours systématique, excessif et précipité aux sanctions contre la Moscou, (5000 mesures de restriction), en instrumentalisant les institutions internationales totalement sous leur contrôle, les occidentaux, à leur tête les USA, a-t-il été contre-productif et servi de sonnette d’alarme pour les autres pays émergeants ? Même l’Arabie Saoudite et certain pays du « Tiersmonde » ne cachent plus leur attirance envers la sphère chinoise et asiatique qui constitue d’ores-et-déjà plus d’un quart de l’économie et la population mondiale, alors que les pays de l’Otan ne constituent que 15% des habitants de la planète. 

La semaine dernière a été riche en annonce de ce genre, le Pakistan s’est déclaré prêt à continuer ces échanges avec la Russie, en rouble ou en Yuan, la visite du ministre qatari, n’a non plus, pas été du goût des médias occidentaux « jugeant que cette visite était trop dominée par les sourires ».

De son côté et au cours de la même semaine, l’Inde n’a pas hésité à offrir une bouée de sauvetage à la Russie en achetant le pétrole de Moscou à un prix réduit pour contourner les sanctions occidentales dues à la guerre. Encore faut-il rappelé que la part des règlements en roubles dans le commerce avec l’Inde est celle qui a augmenté le plus fortement au cours de l’année écoulée, passant à 77,8% contre 35,8% il y a un an, soit un doublement.

Cependant Ekaterina Novikova, doyenne de la chaire de théorie économique de l’université Plekhanov a estimé que « la prédominance du dollar américain dans la plupart des accords commerciaux mondiaux est évidente et par conséquent, le processus de dédollarisation durera encore longtemps ».

Dollars l’Ultime choc des titans

Les pays eurasiatiques, Chine, Russie et l’Iran ont prévu cela depuis bien des années, mais l’annonce des occidentaux de mettre hors-jeu la Russie du système de messagerie bancaire SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Télécommunication), a fait l’effet d’un coup de sifflet pour que ces pays sortent leur jeu à leur tour.

Leur système est basé sur le Yuan comme référence, calculée comme un indice des monnaies nationales des pays participants, ainsi que des prix des matières premières. C’est un projet auquel les pays comme la Russie, la Chine et l’Iran se sont préparés depuis les tragiques attentats du 11 septembre 2001.

Les Etats Unis ont décidé alors, de prendre le contrôle de la société qui déteint le Système Swift au nom de la guerre contre le financement du terrorisme. Progressivement le Swift se transforme en un outil redoutable de blocus économique contre tout Etat indocile aux politiques de la Maison Blanche. Même des alliés européens n’y ont pas échappé à l’instar des compagnies européennes qui ont osé continuer de travailler avec l’Iran ou encore, celles associées avec le projet du Gazoduc Northstream2, pour ne citer que ces deux exemples.     

La part du dollar dans le commerce entre la Russie et la Chine a diminué progressivement et s’élevait à 46% au premier trimestre 2020 contre plus de 90% en 2015. Le gouvernement russe s’est engagé dans un processus de dédollarisation de l’économie depuis 2014, lorsque des sanctions sévères ont été imposées au pays en réponse à la réunification avec la Crimée.

Ce processus a néanmoins connu une chute. Mais les deux pays notamment la Russie attendait le parachèvement de son propre système national de messagerie bancaire et son propre réseaux internet, achevés en 2019, lors du blackout volontaire (déconnexion totale de la Russie du réseau mondial) .

Idem pour l’Iran qui a signé un accord stratégique avec la chine qui le met au centre de la politique de redéploiement de la Chine vers le sud-ouest.  Téhéran dispose de son réseau bancaire domestique qui n’attend qu’à être lié à celui de la Zone Eurasiatique. Le processus de dédollarisation est également réalisé par d’autres pays, notamment l’Inde, le Brésil et la Turquie, déchirée entre plusieurs mondes.

La Chine pour sa part, dirige sans trop de bruit le bal et l’étend sur un terrain beaucoup plus vaste en parallèle avec son méga projet de la Route de la soie. Ce Pays se propose comme principale moteur de ce système concurrent qui, étant largement plus élaboré, pense déjà à amollir la main du dollar sur les marchés pétroliers.  L’idée séduit les principaux producteurs et consommateur de l’or noir, à savoir les membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ainsi que l’ASEAN et les pays d’Asie occidentale en l’occurrence, Irak, la Syrie profondément lassés par les guerres économiques et classiques

L’Onde de choc sur l’Afrique

Ce serait un peu tôt de se prononcer sur ce continents, mais le dernier appel de l’Afrique du Sud soutenant la création d’une monnaie africaine unique, n’est pas tombé dans l’oreille des sourds. D’autant plus que depuis le sommet AfroRusse à Sotchi, l’annonce de création de la zone de libre-échange africaine le continent africain qui rejette de plus en plus l’influence des pays anciens colonisateurs, les différents pôles économiques continentaux y tracent les axes de leurs interconnexions par sphères d’influences.

Le projet du Gazoduc algéro-nigerian qui reliera l’Afrique à l’Europe sera l’une des précieuses carte qui confortera la place du contient dans le nouvel échiquier mondial.  Ce projet n’est pas l’unique, puisqu’il est accompagné par l’intensification des échanges transfrontaliers et la route de l’union africaine qui devra relier Alger à Johannesburg ainsi que l’ouverture des lignes maritimes et aériennes.

Le président Xi Jinping au sinoafricaine, en septembre 2018

Lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sinoafricaine, en septembre 2018, les la Chine et l’Algérie ont signé le Mémorandum d’Entente sur la construction conjointe de « la Ceinture et la Route de la soie »

Pour le Moment l’Algérie ne s’est pas explicitement annoncée sur sa volonté de tronquer le dollar par les autres monnaies de référence mais ces rapports étroits avec la Chine et la Russie, malgré sa politique du maintien de la bonne distance avec tous les partenaires, ne la laisseront pas indifférente aux nouvelles vagues qui secouent le monde. Dans un message adressé aux Algériens à l’occasion de la fête de la victoire, le président Tebboune a exprimé la volonté de faire ce qui est nécessaire pour préserver la place et la position de l’Algérie dans le nouvel ordre mondial qui se dessine.

Tout en tenant compte des pressions de toute sorte, le plus grand pays de l’Afrique s’est dirigé à pas ferme, vers une stratégie économique en trouvant des partenaires financiers fiables, comme le Koweït dernièrement, à son l’Agence Algérienne de Coopération Internationale pour la Solidarité et le Développement. cette agence devra constituer un outil pour consolider la présence de l’Algérie dans sa sphère d’influence en Afrique et en Méditerranée afin de développer des projets d’intégration dans le vieux contient.

A ce titre et avec la volatilité de la volonté de certains pays européens quant à une coopération durable d’égal à égal, l’Algérie, tout en intensifiant ses échanges avec les pays du vieux continent, en particulier l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne a commencé identifier, trois mégaprojets en partenariat avec la Chine : le Port de Hamdania au centre du pays, dont les travaux ont déjà été amorcés, le pôle industriel de phosphates à l’Est du pays et le projet de mines de fer à Ghara Djebilet, ainsi que les nouvelles technologies.

Ben Selman fait-il de la résistance ?

Riyad et Pékin avaient récemment conclu un accord pour établir un système de taux de change direct entre le riyal et le yuan, et il est entré en vigueur le 26 septembre. Ce système permettait à la Chine d’acheter du pétrole saoudien en yuan et à l’Arabie saoudite de payer ses importations de biens et services chinois en riyals. Le riyal saoudien est lié au dollar américain depuis plus de 30 ans et son taux de change est de 3,75 riyals pour un dollar, selon l’Agence monétaire saoudienne.

La Chine est le plus grand importateur de pétrole saoudien au monde, avec plus de 1,5 million de barils par jour, ce qui représente environ 16 % des exportations de pétrole saoudien vers le monde dans son ensemble.

Les données de l’organisme des statistiques saoudite confirment que la Chine était le plus grand partenaire commercial de l’Arabie saoudite et que le volume des échanges commerciaux s’élevait à environ 50 milliards de dollars, ce qui représente près de 14 % des échanges commerciaux de l’Arabie saoudite avec les pays du monde.

Les experts estiment qu’il s’agit d’une étape qualitative qui aura des répercussions majeures et nuira au statut du dollar, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans le cadre des efforts de Pékin pour internationaliser sa monnaie et réduire la domination de la monnaie américaine sur le système financier mondial.

A quelques jours de la visite du président chinois, Xi Jinping à Riad, Les États du Golfe ont-ils pris la décision de diversifier leurs relations internationales et de déplacer leurs enjeux vers l’Est ? Ben Salmane qui dans un coup de théâtre inédit, rapporté par les médias a refusé de parler au président américain Joe Biden par téléphone, a suggéré le renforcement des échanges entre son pays, principal fournisseur de pétrole à la chine, se feront en Yuan. On n’aurait pas pu imaginer un changement pareil, deux ans plus tôt.  L’époque ou l’ancien président Donald Trump venait marauder des centaines millions de dollars comme tribu pour la protection américaine des pétromonarchies.  Reste à savoir, s’il sagit de coup de bluff ou de chantage de la part de Ben Salmane ? Le monde s’en assurera le jour de la signature de nouveaux accords entre le prince héritier et Xi Jinping.

Quel que soit les effets de la guerre en Ukraine le processus de dédollarisation demeurera entraîné par un changement fondamental dans la façon dont les États-Unis et la Chine perçoivent leurs relations. Au cours des quatre dernières décennies, la logique commerciale a prévalu sur la concurrence stratégique. Mais nous sommes dans un nouveau monde où la rivalité politique l’emporte sur les incitations économiques. Tout simplement car le modèle économique et finacier occidental est arrivé à sa saturation.

En tout cas, les yeux restent rivés actuellement sur les pays et les compagnies et les pays européens, qui en dépit du bruit hystérique autour de la Russie, adoptent un silence assourdissant quant à la guerre froide entre les États-Unis et la Chine. Les 40 dernières années de l’histoire mondiale s’est construites autour de la mondialisation et du rapprochement entre les États-Unis et la Chine. Mais cet ordre disparaît rapidement entrainant bien des mondes avec.

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