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La fragilité de l’opinion publique

Par Ahmed Halfaoui  Ancien cadre supérieur du secteur public, consultant freelance en etudes socio-économiques et chroniqueur de presse. 

 

 

Combien sont-ils à avoir le temps et/ou la perspicacité d’essayer de comprendre la réalité dans laquelle ils vivent ? Il est évident qu’ils sont une infime minorité.
Parmi eux se trouvent les producteurs de sens. Donc les milliards d’êtres humains s’en remettent à ce qu’ils trouvent, sans s’arrêter un instant sur la pertinence de l’information ou de l’explication des faits, qu’on leur donne. Peu importe les intentions de celui qui a écrit, a parlé…….

Cette attitude relève le plus souvent du confort intellectuel, qui peut être perturbé par une diversité des sources, jusqu’à un certain point. Ce qui ne poussera pas, pour autant, à un effort particulier, en dehors de celui du choix qui n’exige, le plus souvent, que de prendre celles qui ne dérangent pas des convictions acquises qui, elles-mêmes, n’ont pas fait l’objet d’un questionnement particulier.
Il en est ainsi de ce que l’on appelle, communément, l’opinion publique, même quand elle présente une pluralité qui donne l’illusion qu’il existerait un libre-arbitre de base qui a conduit à des divergences.
C’est pour cela que, rarement dans l’histoire de l’humanité, il s’est produit des remises en cause des idées dominantes, servies par un appareil multiforme, qui va de la culture de base de la cellule familiale aux patterns sociaux, confortés par les institutions officielles (école-discours politique…) et par les médias.
Les rares remises en cause, quand elles interviennent, sont le fruit d’une rupture de confiance dans le système et dans ses représentations. Elles ne sont pas immédiates mais laborieuses, à cause de la difficulté de l’acquisition et de la mise en place d’une intelligence des choses alternative à celle qui prévalait.
Le processus peut être plus ou moins long, selon le rythme d’effondrement des certitudes acquises et la gravité des situations, mais la cause réside toujours dans l’impossibilité de trouver des réponses opérationnelles avec le matériel cognitif disponible.
Pourra être observé un phénomène de repli sur soi, de divorce de masse avec l’Etat, sur fond de désarroi, de démission des espaces d’expression politique et d’abstentionnisme électoral. Ce sera, durant cette phase, que pourront se manifester, dans le meilleur des cas, des mouvements révolutionnaires structurés et porteurs de véritables solutions à la crise sociale, dans le pire des cas des tendances qui expriment la désespérance ou l’impatience d’en sortir.
Cependant, il n’est pas rare que ce soit le mode de gouvernance qui évolue, le plus fréquemment en apportant des réformes censées être des réponses aux dysfonctionnements qui affectent, principalement, l’économie.
Par contre, en l’absence de ressources, ou de solutions qui ne compromettent pas le système régnant, la gouvernance peut se durcir et recourir à des méthodes autoritaires, destinées à combattre les velléités de révoltes et à assurer la pérennité de l’ordre établi. Les temps présents sont très riches de ce type de conjoncture. Il est loisible de s’en rendre compte à travers tous les pays où le néolibéralisme a épuisé ses derniers arguments.

Ahmed Halfaoui

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